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Limp Bizkit : les 20 ans de Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water


On célèbre aujourd'hui les 20 ans de Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water, le 3ème album de Limp Bizkit (nu metal) ! Sorti une semaine avant le Hybrid Theory de Linkin Park, Chocolate Starfish est arrivé au moment où la musique alternative atteignait le mainstream à nouveau, et, tout comme dans les années 80 avec le heavy metal, le nu metal était, même pour un bref instant, le plus gros genre du monde. Écoulant plus d'un millions de copies en une semaine, il devenait l'album rock le plus rapidement vendu de tous les temps (il conserve toujours ce record, et a même continué à être numéro 1 sa deuxième semaine), et installait Limp Bizkit dans la pop culture. 

"Je n'ai jamais pensé que Limp Bizkit allait être aussi grand qu'il l'était", admet aujourd'hui le guitariste Wes Borland. "Ensuite, le disque s'est vendu à un million la première semaine. C'était juste ridicule."

Les choses se déroulaient plutôt bien pour le groupe au tournant du millénaire, il s'était déjà fait un nom en faisant la première partie de Korn suivi d'un debut album abrasif, Three Dollar Bill, Y’all en 1997. Pourtant, leur mélange de hip-hop et de riffs massifs, qui attirait un large public, n'était pas très bien perçu par les tenants du metal, accusant leur musique et leur image d'ouvrir leur scène aux beaufs et aux poseurs. 

Mais peu importe, lorsque Significant Other sort en 1999, il atteint la 1ère place aux États-Unis et entre dans le Top 10 au Royaume-Uni, porté par des singles comme "Break Stuff" et "Nookie", offrant au metal ses plus grands hymnes pour une génération. C'est aussi une période durant laquelle la controverse les poursuit : le set désastreux à Woodstock '99 était le bouc émissaire idéal pour la violence généralisée qui a gâché le festival. Les ventes, cependant, continuaient de grimper, et fort de sa lancée, le quintette veut encapsuler son inspiration et se prépare pour le 3ème album, après seulement 6 mois de promotion pour Significant Other

"On avait cet énorme album à venir", se souvient Wes. "Il y avait de la pression, mais on ne se sentait pas en insécurité ou comme si on ne pouvait pas le faire. On s'est sentis très confiants en entrant et je savais ce que je voulais faire. Je savais que ça allait être différent de Significant Other - et mieux."

Après une brève et infructueuse période de travail avec Rick Rubin, LB s'est installé aux Larrabee Studios de Los Angeles avec le producteur de Significant Other, Terry Date.

"C'était vraiment bien", se souvient Wes. "Nous étions tous [en train d'enregistrer] dans la même pièce et nous avons écrit des chansons et les avons enregistrées au fur et à mesure. Je ne me souviens même pas du nombre de semaines pendant lesquelles nous avons enregistré, mais je me souviens juste qu’un jour est arrivé où nous écoutions tout ce que nous avions, et Fred [Durst, chant] a dit : 'Je pense que nous avons terminé.'"

Le groupe est sorti du studio avec un album qui les emmènerait encore plus loin qu'ils n'auraient pu l'imaginer. Se classant à la 1ère place des ventes des deux côtés de l'Atlantique après sa sortie en octobre 2000, Chocolate Starfish a fait un buzz retentissant, délivrant pas moins de 5 singles, tout en proposant autant de tubes qui deviendront des classiques de setlist. 

"Ce disque était notre titan. On ne fera jamais un concert sans s'inspirer profondément de Chocolate Starfish... et c'est comme ça que ça devait être" déclare Wes.

"Take A Look Around" est devenu la chanson du film Mission: Impossible 2, tandis que le single "Rollin'", numéro 1 au Royaume-Uni, était adopté par le lutteur The Undertaker comme thème d'entrée. Le clip mettait en vedette Fred accompagné de danseuses portant des casquettes rouges assorties et même une partie filmée au-dessus du World Trade Center de New York - l'ultime excès du groupe. Même si beaucoup n’ont pas compris la blague. 


"On a commencé à se moquer de ce que les gens pensaient qu'on était", explique Fred en 2014. "C’est pourquoi on a réalisé la vidéo de Rollin’. Il y avait des casquettes rouges partout, et regardez Wes au début de la vidéo avec ses  bijoux ! Comment diable les gens n'ont-ils pas réalisé qu'on n'était pas sérieux ? On trouvait ça hilarant."

Tandis que la bande gagnait des millions de fans, elle s'accaparait également la foudre de Nine Inch Nails ou encore Rage Against The Machine, comme la fois où Tim Commerford de RATM a protesté contre le MTV VMA de Limp Bizkit

"J'ai entendu des rumeurs de différentes personnes", déclare maintenant Wes. "Que Rage disait, 'Limp Bizkit est comme Rage Against The Machine mais ils apportent la 'party' au lieu de faire réfléchir les gens !' C'est ce que j'ai entendu et qui aurait ennuyé Tim."

Les critiques ne se font pas non plus tendres avec le disque (avec un score de 49 sur 100 sur Metacritic, contre 7,8 sur 10 pour les avis auditeurs)Stephen Thomas Erlewine de AllMusic a écrit : "l'apitoiement sur soi et la musique monotone de Durst révèlent que le groupe a bâclé Chocolate Starfish - c'est le son d'un groupe déterminé à livrer une suite dans un laps de temps limité". Le Rolling Stone Album Guide a attribué à l'album trois étoiles sur cinq, alors que le magazine lui-même a attribué à l'album un 3,5 sur 5. Il a même été répertorié dans le livre Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie, avant d'être supprimé dans les éditions ultérieures

"Il y a vraiment eu de bons moments, mais la maison de disques mettait la pression, chassant les dollars", a déclaré Fred à Rock Sound, ajoutant plus tard: "C'était une période intéressante de ma vie. Il y avait toute cette négativité dans la presse, mes idoles et des gens dans des groupes géniaux, Trent Reznor et différentes personnes qui disaient de la merde sur moi."

En récoltant un succès sans précédent, ils étaient devenus les ultimes outsiders du metal : un groupe que le grand public ne comprenait pas entièrement et que ses pairs détestaient carrément. Pour leurs fans, cependant, ils étaient le groupe le plus important de leur époque : une porte d'entrée dans le metal, bien sûr, mais également une anomalie interculturelle. S'ils divisaient les fans de la scène metal, ils unissaient également des amoureux de musique de tous horizons confondus. 

"C'était soit les gens appréciaient que les choses soient fraîches et excitantes en termes de nouveaux sons et de musique urbaine entrant dans la musique heavy, soit ils se rebellaient contre ça", a suggéré Fred. "Les gens qui aimaient différents types de musique ont obtenu ce qu'ils voulaient pour la première fois. C'était à ce moment précis où les planètes se sont alignées et nous avons tous pu partager ce moment ensemble. Ça signifiait quelque chose pour un grand groupe de personnes qui n'avaient jamais été entendues auparavant. C'était spécial."

"Nous n'étions plus acceptés par le rock, nous n'étions plus acceptés par la pop", ajoute Wes maintenant. "[Mais] nous avons été acceptés par le monde du hip-hop parce que le monde du hip-hop comprenait notre côté hip-hop, mais on avait jamais vraiment expérimenté le rock comme ça auparavant. Sans s'envoyer des fleurs, nous sommes le groupe qui fait ça le mieux, qui essaie de représenter les deux côtés de manière égale, plutôt que d’être un groupe de rock qui a du rap ou un groupe de hip-hop qui a de la guitare lourde. Je pense que nous sommes assez équitablement partagé entre les deux."

Un choix qui s'illustrait aussi par leurs compagnons de tournée : après avoir passé du temps sur la route avec Cypress Hill, Limp Bizkit a pu jouer avec Eminem sur le Anger Management Tour en 2000. Les choses ne faisaient que devenir plus grandes et folles. 

"Tout semblait excessif", se souvient Wes. "Je pense que la dernière tournée qu'on a faite sur ce cycle d'album, on a fait construire notre propre scène, il y avait ce robot géant… [le label] nous a dit : 'Si vous avez cette production, aucun de vous ne va gagner un centime avec ça.' Et nous avons répondu : 'Ça nous va !' On a fait toutes ces tournées qui n'ont pas rapporté d'argent parce que notre production était trop énorme. C'était comme si on avait atteint le seuil de rentabilité. C'était ridicule.

Si Fred semblait se complaire dans son rôle de rockstar, il en souffrait aussi :

"J'avais l'impression d'être une cible, l'ennemi public numéro un", a-t-il admis. "Je ne savais pas comment y faire face. Où que vous alliez, vous aviez l'impression que les yeux étaient rivés sur vous et que votre vie ne vous appartenait plus. Vous pensez en quelque sorte, 'J'emmerde tous ces gens'. Si les gens devaient découvrir les moindres détails de votre vie et ce sur quoi vous vous branlez la nuit, les gens pourraient vous détester aussi."

Il précisera également  :

"Je devais toujours avoir cette casquette rouge. Chaque fois que je descendais du bus ou que je faisais une interview, c'était pour ce gars à la casquette rouge. Je n'en sortais pas. Les gens se nourrissaient de cette personnalité, et c'était une frénésie. Les gens détestaient ça, mais les gens en avaient besoin - tout le monde voulait quelque chose de ce type. C'était mon côté Tyler Durden, une façon de gérer ça. C'était les conséquences d'être vraiment endommagé, je pense."

Wes, de son côté, n'était pas en reste. A la fin de 2001, c'était trop. Il quitta le groupe. 

"En l'espace de six ans, j'étais passé d'inconnu, personne ne sachant qui j'étais et ayant un anonymat total, à devoir déménager à Los Angeles parce que j'avais 20 gamins à la porte de ma maison en Floride qui regardaient à travers mes fenêtres," soupire t-il. "Je ne pouvais pas aller à l’épicerie. Je n'aimais pas ça. C'était embarrassant pour moi. Je laissais aussi la presse me toucher, mes pairs me toucher, des gens qui disaient de la merde, en disant: 'Limp Bizkit est le McDonald des groupes de rock', des trucs comme ça. J'avais l'impression d'être une nouveauté."

Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water restera comme un moment dans le temps que personne n'a vu venir, et qui a laissé un impact énorme sur la scène metal. Il aura fallu une décennie de hauts et de bas, le retour de Wes en 2009, et sûrement une louche de nostalgie, pour que le groupe soit enfin reconnu à sa juste valeur, non plus comme de jeunes poseurs énervants, mais comme un groupe de metal à part entière, avec un catalogue de hits énormes. 

"Je pense juste qu'il a fallu beaucoup de temps à beaucoup de gens pour se remettre d'à quel point nous étions ennuyeux pour tout le monde pendant cette période", suggère Wes. "Quand vous êtes surexposé, où personne ne peut vous échapper et que vous vous dites: 'Euh, j'en ai tellement marre de voir cette personne tout le temps.' Maintenant, les gens peuvent profiter du groupe pour ce qu'il est. J'adore tellement être dans Limp Bizkit maintenant. J'adore chaque concert, j'adore partir en tournée, j'aime tout le monde dans le groupe. Mais il m'a fallu toutes ces années pour regarder en arrière et dire : 'Bon Dieu, j'aime ça, et j'adore jouer ces chansons.''

Streaming complet de Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water :

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