Chronique : Crosses ††† - Goodnight, God Bless, I Love U, Delete.
Crosses, side project electropop et rock de Chino Moreno de Deftones et Shaun Lopez de Far, est de retour, pas moins de neuf ans après la sortie de son premier album éponyme, publié en 2014. Après être passé sur le label majeur Warner Records et avoir proposé l'EP Permanent Radiant l'année dernière, le plan était de sortir le reste de Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. dans une série de plusieurs EP en succession avec ce dernier, mais pris dans un élan créatif, le duo a bossé comme une bête pour finalement sortir un album complet et original de 15 titres, composé en l'espace de 4 ans, travaillant sur certains morceaux jusqu'au tout dernier jour d'enregistrement. Près d'une décennie plus tard, est-ce que la magie opère toujours ?
L'ambiance reste relativement similaire : sur une esthétique sobre et
fantomatique, les morceaux pop et dark-wave s'enchaînent avec efficacité et
une fluidité toujours aussi satisfaisante. L'inquiétant et atmosphérique
"Pleasure" ouvre le jeu, suivi de l'excellent single "Invisible Hand" beaucoup plus rentre-dedans et catchy, qui vient poser le ton. On pourra
noter cependant que cette fois ci, Crosses insistera sur ses sonorités electro
et dream pop encore plus que sur son premier disque, flirtant presque avec du
new-wave.
Chino le dit lui-même : ce second album sera un peu moins sombre, proposant
des titres légers comme "Found" et sa structure synth-wave désarticulée
en juxtaposition avec son refrain planant et calme. De ce côté-là, l'album
sera généreux en légèreté et cet élément sera présent sur une bonne partie de
la longue tracklist : "Runner" ou encore "Grace" en seraient
aussi de très beaux exemples, offrant leur dose de frissons pendant que les
beats de Lopez prennent une osmose hypnotique sur la voix de Moreno, toujours
aussi efficace que sur Deftones. Niveau paroles, on reste aussi sur des thèmes
proches, où amour inconditionnel et dévotion religieuse résonnent comme étant
une seule et même chose, créant une esthétique conceptuelle et visuelle en
accord avec leurs artworks et vidéos, chaque chose est à sa place.
Mais Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. offre bien plus
et ne va certainement pas se reposer sur ses lauriers après tout ce temps.
Parsemés sur l'album, on trouve également des titres beaucoup plus
expérimentaux. Toujours en légèreté, "Light As A feather" est un des
titres les plus pop du disque, voire même de la discographie de Crosses. Il en
va de même pour "Girls Floats Boys Cry", un anthem new-wave d'une
fraîcheur absolue, où les notes de synthés rétro montent crescendo sur un
refrain porté par Robert Smith de The Cure, une vraie réussite.
Impossible de parler des nouveaux horizons musicaux et featurings du disque
sans revenir sur "Big Youth" en featuring avec le rappeur El-P,
un véritable banger et probablement le titre le plus lourd du disque avec une
partie rap qui fonctionne parfaitement avec l'esprit tendu du morceau, le tout
suivi de très près par "End Youth" court titre instrumental lui servant
d'outro, et très franchement le résultat n'en aurait été que meilleur s'ils
n'avaient formés qu'un seul titre.
Sur le cours de 15 morceaux, Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. laisse aussi de la place pour des titres se rapprochant un peu plus de
l'esprit sombre et légèrement plus rock de son prédécesseur. "Ghost Ride", "Natural Selection" ou bien "Eraser", tout autant de titres
qui auraient pu se retrouver sur le Self-Titled sans aucun souci,
jouant un peu plus avec de vraies batteries et de vraies guitares et moins de
synthé. Mention spéciale à "Last Rites", qui pour le coup, sonne
presque comme une suite directe au morceau "Thholyghst" sorti 9 ans
plus tôt, et où les thèmes lyriques mentionnés prennent complètement
forme.
L'attente n'aura donc clairement pas été vaine pour le public : Crosses
repousse les limites de son écriture sans trop s'éloigner non plus, donnant
à Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. la chance d'être
un humble et digne successeur à son premier disque - qui avait déjà
fait sensation - tout en explorant de nouveaux horizons. Oserons-nous dire
que ce second opus est même meilleur ? Si la différence avec le
Self-Titled est très loin d'être drastique, elle n'en reste pas moins
tangible et fera peser la balance quant à votre votre préférence. Si
certains vont peut-être déplorer l'accent electro-pop et synthwave plutôt
que le rock dark-wave, la versatilité et l'efficacité de ce nouvel album n'en reste pas moins indéniable. Crosses confirment qu'ils se feront
remarquer comme bien plus qu'un side project, mais comme un nom et une
identité qui leurs seront propres et légitimes.
Note du rédacteur : 5/5
Eddy F
1. Pleasure
2. Invisible Hand
3. Found
4. Light As A Feather
5. Pulseplagg
6. Runner
7. Big Youth (feat. EI-P)
8. End Youth (Reprise)
9. Last Rites
10. Ghost Ride
11. Grace
12. Eraser
13. Natural Selection
14. Girls Float † Boys Cry (feat. Robert Smith)
15. Goodnight, God Bless, I Love U, Delete
2. Invisible Hand
3. Found
4. Light As A Feather
5. Pulseplagg
6. Runner
7. Big Youth (feat. EI-P)
8. End Youth (Reprise)
9. Last Rites
10. Ghost Ride
11. Grace
12. Eraser
13. Natural Selection
14. Girls Float † Boys Cry (feat. Robert Smith)
15. Goodnight, God Bless, I Love U, Delete
Aucun commentaire