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The Devil Wears Prada (Interview Exclusive) : "On doit faire de nos influences pop un élément central de nos compositions"


Il y a quelques semaines, nous avons rencontré Mike Hranica (chant) du groupe de metalcore/post-hardcore américain The Devil Wears Prada, juste après la sortie de leur 9ème album studio, Flowers. L'occasion de discuter de leur évolution musicale et de la fameuse piste cachée (depuis sortie officiellement), "Play The Old Shit" !

LN! : Nous sommes à Paris, à la salle Pleyel, où vous jouez en support d'Ice Nine Kills. C'est comment de tourner avec eux ? 

Mike : C'est notre troisième date seulement, mais jusqu'ici, tout se passe bien. On joue dans de grandes salles, beaucoup de tickets ont été vendus… Donc on est reconnaissants de l'opportunité qu'ils nous offrent. 

LN! : Votre dernier album est sorti peu de temps avant le début de cette tournée. Vous avez eu de bons retours pour l'instant ? 

Mike : Oui, ça a été une sortie assez attendue. Notre équipe était super motivée, notre label aussi. Je ne suis pas quelqu'un qui va lire les commentaires donc je ne sais pas trop, mais tous ceux qui m'ont contacté directement ont dit du bien de cet album, donc je suis content. 

LN! : Le premier single "For You" est sorti en avril dernier, puis deux mois avant la sortie de l'album, vous avez sorti un mini film de 9 minutes qui combine les morceaux "Where the Flowers Never Grow" et "Wave". Pourquoi avoir décidé de les compiler ainsi ? 

Mike : Je pense que le crédit doit revenir à Wyatt (Clough), qui a dirigé et réalisé toutes les vidéos. Il a aussi fait la photo de la cover de l'album. Il avait déjà fait ce genre de projets avant, ça l'a inspiré sur le moment. Je pense que c'était une façon assez intéressante et plus originale d'annoncer l'arrivée de l'album Flowers. 

LN! : Quand vous réalisez un clip, vous préférez donner vos idées ou faire confiance à une équipe de réalisation ? 

Mike : On a fait tellement de vidéos depuis qu'on a commencé. Ça dépend vraiment de la chanson. Parfois, on arrive avec des idées déjà en tête… Mais depuis quelques temps, on se dit qu'on a fait tellement de vidéos qu'on a plus d'inspiration. Donc on va se reposer sur Wyatt et lui faire confiance pour qu'il nous sorte quelque chose. C'est déjà arrivé dans le passé qu'on contacte un directeur en lui donnant nos idées directement… Maintenant, c'est plutôt l'inverse, ils nous donnent les idées et on shoote directement, puis on modifie si ça ne nous plait pas. 


LN! : Sur le même thème, quand vous composez une chanson, vous avez des images en tête que vous essayez de retranscrire qui peut mener à un clip ? Ou tout se fait par rapport à des sentiments et ressentis ? 

Mike : J'aime penser que ça va dans les deux sens. Jonathan et Jeremy, quand ils écrivent, ils sont beaucoup dans le ressenti, ils partagent leurs émotions. Alors que moi au contraire, j'ai tendance à créer des choses beaucoup plus visuelles. On travaille ensemble évidemment, mais des fois ils arrivent avec une chanson quasiment entièrement écrite, et je vais la reprendre pour y ajouter ma vision, faire des analogies, des métaphores, rendre le tout plus visuel. Essayer d'approfondir, ou alors recentrer le sujet. 

LN! : The Devil Wears Prada existe depuis presque 20 ans. Vous avez beaucoup évolué en technique, composition, façon de travailler… Si on reprend le sujet des paroles, au début tu écrivais tout et maintenant tout le monde participe. De même pour votre son, il y a une grosse différence entre vos débuts et Flowers. Comment tu analyses cette évolution ? 

Mike : Je pense que composer, c'est comme un muscle qu'on doit travailler. C'est pareil que s'éduquer, ou d'aller à la salle de sport. Il faut pratiquer, s'entraîner. C'est plus qu'un exercice que tu peux one-shot, tu dois t'entraîner sans cesse, composer beaucoup et jeter tout ce qui ne marche pas. A force, tu deviens un meilleur compositeur et tu commences à garder davantage de morceaux. Il y a aussi eu une grosse évolution en termes de moyens. Maintenant, on a tellement d'outils pour créer grâce à la technologie. On passe de plus en plus de temps hors des studios traditionnels maintenant. 

LN! : Est-ce que votre évolution de style représente aussi votre évolution personnelle ? 

Mike : Je ne sais pas… Les chansons évoluent, parce qu'on change avec le temps. On écrit différemment, on produit différent, on s'inspire autrement. Peut-être qu'on peut en effet faire un parallèle ici. 


LN! : Sur l'édition physique de l'album, il y a un morceau caché que tout le monde a découvert à sa sortie : "Play The Old Shit". Pourquoi l'avez-vous caché ici ? 

Mike : C'est vraiment drôle. On n'avait jamais fait quelque chose comme ça avant. En général, les albums finissent sur une note plus douce. Mais ici, on trouvait ça amusant de jouer quelque chose qui est un hommage, non seulement à notre ancien style musical, mais aussi à une ère de notre culture et de notre scène. J'aime beaucoup aussi le fait que ça fasse un doigt d'honneur aux haters et aux gens qui pensent pouvoir exiger ce qu'ils veulent, qui pensent que tout leur est dû. C'était une façon parfaite de terminer. Et puis, c'est fun pour ceux qui ont décidé d'acheter l'album en physique plutôt que juste le streamer en ligne. C'est un petit quelque chose en plus. 

LN! : Est-ce que vous prévoyez de sortir ce morceau officiellement ? 

Mike : Oui, on le fera, elle sera aussi sur les plateformes digitales. 


LN! : Donc si je comprends bien, quand vous avez composé ce morceau, vous vouliez troller vos haters ? 

Mike : C'est un peu l'idée. Quand les fans se plaignent de nos nouveaux morceaux, ils nous disent toujours de jouer nos anciens sons, "Play The Old Shit". Avant que l'on sorte cet album, on voyait beaucoup ce genre de commentaires. Et c'était drôle, car ils ne savaient pas qu'une chanson portant ce nom allait sortir juste pour leur faire un doigt d'honneur. C'est une composition qui a évolué naturellement vers cette idée. En vrai, je trouve l'idée cool. L'album est déjà assez long, 14 chansons, mais ça apporte quelque chose de complètement différent et inattendu. J'ai hâte qu'on la sorte aussi officiellement en version digitale. C'est une idée qu'on n'avait jamais exploitée avant. 

LN! : Ironiquement, j'ai vu beaucoup de commentaires qui disaient que c'était la meilleure chanson de l'album… Comment vous répondriez à ça ? 

Mike : Je pense que c'est bien. Quand davantage de gens entendront la chanson avec la sortie officielle, s'ils pensent que c'est la meilleure, ça me va. Tu sais, quand on a sorti Color Decay, on a appris qu'on pouvait vraiment étendre l'univers d'un album, et prolonger le cycle d'un album au-delà de simplement la sortie et la tournée. Maintenant, on essaie de tirer le maximum possible de nos sorties, et on veut faire de même avec Flowers. On veut que les gens puissent y trouver quelque chose d'intéressant aussi longtemps que possible. Donc, si des personnes redécouvrent l'album quelques temps plus tard avec ce morceau, et que ça ramène de l'attention sur nos musiques, ce sera super.

LN! : Vous pensez que vous la jouerez en live ? 

Mike : Avec ce que tu me dis, je crois qu'on va devoir la jouer ! Pour ceux qui ne l'ont pas entendue, c'est brutal. Je pense que ce serait très fun à jouer en concert. On verra, quand le moment se présentera. 

LN! : Tu n'as pas peur que ça fasse un peu de l'ombre aux autres morceaux de l'album si celle-ci est tellement appréciée ? Surtout si c'est pour moquer les haters à la base. 

Mike : Non. Je ne considère pas l'écoute d'un album comme une espèce d'expérience sacrée, que tout le monde doit respecter. C'est quelque chose d'important pour moi, mais j'ai appris à accepter que tout le monde ne pense pas comme moi, et que mes opinions sur le sujet sont personnelles. Donc si les gens ne veulent écouter qu'un morceau, ou certaines chansons spécifiques, même si c'est cette piste cachée, ça ne me dérange pas. 

LN! : J'aime beaucoup cet album car les refrains sont très entrainants et les mélodies sont catchy. Est-ce que vous essayez de composer des morceaux que les gens peuvent chanter avec vous en concert ? 

Mike : Oui. Après, je pense que si on analyse les textes dans le metalcore, c'est toujours assez lourd. Mais en même temps, le genre cherche aussi à avoir ces refrains accrocheurs que tout le monde peut chanter. Jonathan, qui produit l'album, est notre claviériste. En tant qu'auteur-compositeur et aussi auditeur, il adore entendre des influences pop dans la musique qu'il écoute. C'est un élément essentiel de son travail de composition : insuffler ces influences dans le groupe. Malheureusement, je pense qu'on a trop longtemps négligé notre propre direction musicale, on y réfléchissait trop et c'était souvent l'élément qu'on rajoutait en dernier quand tout était déjà finalisé. Alors qu'en vrai, si on veut vraiment retrouver ces influences pop dans notre son, on doit en faire un élément central dans notre composition. C'est ce qu'on a essayé de faire avec Flowers. 

LN! : Ça doit être gratifiant quand tout le monde chante les chansons que tu écris. 

Mike : Oui, c'est génial. Quand on a sorti le morceau "Salt", on ne s'attendait pas à une réception aussi positive, et ça dure depuis quelques années maintenant. Plus récemment, on a sorti "For You" avant l'été, et on la joue en live. Ce sont des morceaux qui sont faits pour être chantés ! Le public est génial. 

LN! : Sur le sujet des concerts, vous reviendrez en tête d'affiche pour défendre davantage cet album ? 

Mike : Oui, ça doit être annoncé d'ici Janvier. On fait une tournée en tête d'affiche en Europe en 2026. J'ai hâte ! 

LN! : Est-ce que vous serez aussi présents lors de festivals cet été ? 

Mike : On n'a pas eu de demandes pour des festivals en Europe cette année. Mais on en fait beaucoup aux Etats-Unis ! Et la tournée en tête d'affiche qui arrive à l'automne. Ce sera notre seconde vraie tournée en tête d'affiche, et on adore être en Europe. Tous les ans, on va jouer dans les mêmes villes aux Etats-Unis, c'est toujours les mêmes endroits, alors venir jouer par ici, c'est rafraichissant et tellement différent. On ne remerciera jamais assez les fans pour nous permettre de réaliser ça. Beaucoup de groupes américains préfèrent rester aux Etats-Unis, mais je trouve ça nul. C'est incroyable de pouvoir visiter le monde entier ! 

LN! : Merci pour tes réponses et ton temps ! 


Interview : Margot Patry
Photos : Garnet

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