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Spiritbox : comment le groupe a créé son 1er album, Eternal Blue

Crédit photo : Jonathan Weiner

L'album Eternal Blue de Spiritbox (metalcore) est sorti il y a quelques mois déjà, et à l'occasion du prochain concert le 31 mai au Centre Culturel Œcuménique de Lyon, accompagné de Ice Nine Kills en co-tête d'affiche, revenons sur le déroulement de la composition du disque, ses inspirations ainsi que des interprétations possibles. 

Dans une interview pour Revolver Magazine, on apprend que l'album a été enregistré dans des studios au Canada ainsi que pendant la pandémie en février 2021, dans un vieux ranch privé loué sur Airbnb à Joshua Tree, en Californie. Les paysages désertiques qui s'y trouvent ont grandement influencé la musique en lui donnant une ambiance fantomatique, et cela a nourri l'imaginaire de Courtney Laplante, elle avait l'impression de voir des gens au loin qui les guettaient lui faisant penser aux habitants cannibales du film La Colline A Des Yeux et ça l'a faisait flipper. L'enregistrement a été épuisant pour Courtney, elle se livre dans une interview pour Metal Hammer où elle dit qu'elle plongeait dans ses moments les plus sombres, qu'elle était chaque jour plus fatiguée que la vieille, qu'à chaque fois qu'elle chantait, elle devait se plonger dans les moments différents de sa vie qui lui ont inspiré les chansons, elle était entourée de gens qui lui voulaient du bien et elle se sentait en sécurité si cela devenait bizarre de revivre ses moments douloureux. 

Revolver Magazine fait une belle analyse en disant qu'Eternal Blue est né de l'isolement - de l'isolement de l'île de Vancouver d'où est originaire le groupe, aux sessions d'enregistrement isolées du désert à Joshua Tree et à la solitude de certaines paroles de la chanteuse. 

Crédit photo : Jonathan Weiner

Courtney explique dans une interview pour HardForce qu'elle écoute d'abord ce que Michael Stringer (guitariste et mari de la chanteuse) propose, cela l'inspire à créer des mélodies vocales qu'elle soumet ensuite à Stringer, et à partir de ça, il modifie son premier jet. Ils travaillent ensemble pour que le chant et l'instru puissent se compléter, et après ça, les paroles viennent dans son esprit. Ils racontent à Loudwire qu'ils travaillent ainsi depuis "Blessed Be" et "Rules of Nines" (deux chansons écrites juste avant l'album). Pour les EP, c'était Mike qui envoyait ce qu'il avait fait en disant à Courtney "bonne chance". La différence est notable à l'écoute entre ces deux façons de travailler, dans l'album et ses 2 chansons, il y a une sorte d'alchimie et d'évidence dans la composition, chose que je ne percevais pas dans les EP, que je trouve moins digestes. 

L'idée du nom de l'album est venue à Courtney après avoir écouté un podcast sur les virus informatiques ; EternalBlue est le nom d'un exploit qui utilise une faille de sécurité informatique créée par la NSA, qui a fuité et a été utilisé par des cybercriminels. Courtney ne reprend pas du tout ce concept dans l'album, mais ce nom l'a seulement inspiré au niveau des images qui lui venaient à l'esprit : de la tristesse immobile, quelque chose de magique et d'ancien. 

On apprend dans une interview pour Billboard que les textes des chansons sont écrits de manière métaphorique, et décrivent des images. Courtney se sert des métaphores comme d'un gilet pare-balle pour se cacher, pour pouvoir ainsi parler de la frustration, de la colère et de la tristesse qu'elle ressent. Elle trouve que les textes sont égoïstes dans son sens neutre, c'est-à-dire qu'ils parlent simplement d'elle en tant que personne. C'est un album qui se veut donc introspectif. Elle dit à Révolver Magazine que les thèmes du disque sont : "l'insécurité, l'anxiété et la santé mentale - des choses que je pense être vraiment universelles, [mais] des choses qui [aussi] me font me sentir si isolé". 

Crédit photo : Jonathan Weiner

Au niveau de l'artwork, la pochette fait penser à une photo des fonds marins comme pour signifier quelque chose de profond, la couleur bleue signifie la tristesse pour la chanteuse, le dessin est abstrait, et on sait que les paroles des chansons sont métaphoriques. Le sens des chansons n’apparaît pas clairement, mais ce sont plutôt des images qui viennent en tête. Le livret de l'album est fait avec des feuilles calques sur lequel sont présents des dessins venant symboliser certaines chansons, il y a aussi des images qui semblent prisent au microscope ou de très près, comme une rétine venant signifier probablement qu'on vient voir de près ce qui se passe dans le corps. 

La place des titres dans l'album a été minutieusement réfléchie, et Courtney raconte à Loudwire qu'elle était vraiment fière de la façon dont elle a réfléchi au placement des titres, et cela l'a choqué lorsqu'elle a lu des critiques dire qu'ils n'aimaient pas et qu'ils n'avaient pas compris le placement des chansons (chansons lourdes au début, chansons calmes regroupées au milieu, puis à nouveau lourd, puis final calme). 

1. Sun Killer

Le groupe a immédiatement su que "Sun Killer" serait l'intro de l'album. Courtney raconte lors de son interview pour Apple Music qu'elle sonne aussi drama que ce qu'elle recherche lorsqu'elle écoute l'intro d'un album. Ce titre est assez représentatif de ce que le groupe peut faire, il y a des passages lourds, ainsi que des passages aériens, Courtney déploie sa voix limpide, pousse des cris gutturaux ainsi que des chuchotements effrayants. 

2. Hurt You 

Mike explique à Loudwire que "le sujet de la chanson explore la codépendance toxique, et le sentiment de savoir que quelque chose est voué à l'échec, mais de faire le choix de couler avec le navire." C'est la musicalité de cette chanson qui a inspiré ce sujet à Courtney. Le titre de travail de "Hurt You" était "Heavy Clown", comme le Clown de Slipknot, car beaucoup de leurs références nu metal préférées y ont été intégrées. 

3. Yellowjacket 

Courtney explique à Apple Music : "C'est l'une de mes préférées sur le disque. Je pense que c'est un accordage de guitare en double drop-D, donc c'est inhumainement lourd. Je ne crie pas beaucoup sur cette chanson, mais elle contient probablement certains des cris les plus bas et les plus effrayants que j'ai jamais entendus. Le reste de la chanson, c'est moi qui parle, et mon inspiration était une grande partie de la musique alternative des années 90 - des groupes comme Butthole Surfers, qui avaient tous ces trucs de mots parlés étranges dans leurs chansons. Et puis, nous avons demandé à Sam Carter d'Architects de faire quelques voix dessus, ce qui semble incroyable." 

Lors d'un Question/Réponse sur Twitter, Courtney a dit que ce sont ses fortes migraines qui ont inspiré cette chanson.

Crédit photo : Jonathan Weiner

4. The Summit 

La chanteuse commente The Summit : "J'ai ce fantasme dans mon esprit où il y a ce nouveau genre de musique qui n'a pas de sens, mais c'est presque comme si les paramètres étaient retirés de certains genres que j'aime. Et c'est là que vit 'The Summit'. C'est difficile de la classer comme une chanson de metal, mais la guitare est si basse et claire. Vocalement, je me suis beaucoup inspirée de The Weeknd et Charli XCX, en particulier la façon dont elle laisse descendre la dernière ligne d'un refrain de manière très ludique."

5. Secret Garden 

Elle dit : "Le titre de travail était 'Chino' car elle nous rappelait un peu Deftones, dont nous sommes très inspirés. Je pense que la chanson a une si belle ambiance - elle est romantiquement triste. Dans les paroles, c'est moi qui suis introspective et qui me défend. Je pense que beaucoup de musiciens ont peur de perdre qui ils sont lorsqu'ils deviennent de plus en plus célèbres, mais je pense que toute personne qui se trouve dans une période de transition dans sa vie peut comprendre ce sentiment.

6. Silk In The Strings 

Elle raconte : "Quand Michael m'a montré cette musique pour la première fois, je ne savais pas quoi faire parce que j'ai toujours l'impression que les voix doivent correspondre à l'énergie de la chanson. Donc, chaque fois qu'il y a quelque chose de rebondissant, j'essaie de ne pas penser à ce que ferait un chanteur de metal. Je regarde plutôt ce que je pense que de bons rappeurs feraient. Pour cette chanson, je me suis dit : 'Comment le Wu-Tang Clan ferait-il cette chanson ?' Je ne serais absolument jamais capable de rapper, mais j'admire vraiment l'importance du flow.

7. Holy Roller 

Cette chanson est inspirée d'une violence insidieuse, comme le culte religieux de Jim Jones qui en 1978 aux États-Unis a poussé 900 personnes au suicide : "Je trouve ce genre de personnes tellement plus effrayantes qu'une chanson sur le fait de couper la tête de quelqu'un ou quelque chose comme ça. Le narrateur de cette chanson n'est clairement pas une bonne personne.

8. Eternal Blue 

Elle se confie à Apple Music : "C'est l'un des premiers morceaux que nous avons écrits, et je pense que c'est mon préféré. Notre producteur, Dan [Braunstein], nous a vraiment aidé à creuser un peu plus la partie synthé, en prenant beaucoup de références à des groupes New Wave des années 80, comme Tears for Fears et Depeche Mode. J'adore à quel point la chanson est lourde et belle, et elle contient un solo de guitare très rare de Michael Stringer, que j'adore. Au niveau des paroles, il s'agit de quelqu'un qui est au plus bas mais qui essaie de ne pas idéaliser cela. Beaucoup de gens semblent glorifier la dépression, mais je pense qu'il est important de ne pas s'y laisser prendre". 

Elle raconte à Revolver Magazine : "Je traversais une rupture amicale vraiment horrible et douloureuse, cette chanson parle d'être d'accord avec ça, et de ne pas avoir l'impression qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec moi […] C'est moi au plus bas, mais j'ai un certain confort même en étant au plus bas." Elle poursuit : "Il y a cette esthétique de fille triste dans laquelle beaucoup d'entre nous se sentent réconfortés. Je ne veux pas romancer des choses difficiles à traverser pour les gens - et pour moi. Je ne pense pas que ce soit sain ou productif, mais il est réconfortant de s'accepter soi-même ou d'accepter les défauts et les batailles que l'on traverse.

Crédit photo : Travis Shinn

Dans cette chanson, on peut entendre des "bips" à intervalle régulier, comme si elle était allongée sur un lit d’hôpital,  avec les bips de l’électrocardiogramme à intervalle régulier, cela représente bien l'idée qu'elle est endolorie, blessée de cette rupture et qu'elle se retrouve à l’hôpital en convalescence. 

 9. We Live in a Strange World 

Toujours pour Apple Music, elle raconte : "Chaque fois que j'écoute cette chanson, je me sens différente. Nous l'avons écrite pour la première fois avant la pandémie, avant que le groupe ne commence à connaître du succès. Quand je l'ai enregistrée en février 2021, j'avais beaucoup plus à dire sur la bizarrerie du monde. J'ai l'impression de regarder ces choses qui m'arrivent comme un spectateur - plutôt que comme si ça m'arrivait réellement - parce que je suis juste assise dans ma maison à regarder toutes ces personnes en ligne qui commencent à savoir qui est le groupe. C'est un sentiment bizarre, et vous craignez de le gâcher.

10. Halcyon 

Elle dit : "Celle-ci est la chanson préférée de Michael. Comme 'Sun Killer', j'adore à quel point c'est dramatique. C'est une chanson très lourde et qui donne beaucoup de place à ma gamme de chant."

 11. Circle With Me 

Cette chanson a été écrite en studio en un après-midi par Michael. Courtney trouve que les parties les plus sombres et dramatiques lui rappellent Evanescence, et sur le refrain elle fait référence à Tears for Fears. Cette chanson leur a libéré beaucoup de créativité et leur a permis d'améliorer le reste des chansons. Ils l'ont sortie en premier single car elle est représentative de ce qu'ils pensent du groupe actuellement.

Elle se confie à Metal Hammer en disant que ses émotions ont atteint leur paroxysme lors de l'enregistrement : "Je suis allée l'enregistrer et je n'avais aucune confiance", se souvient-elle. "Je sonnais si mal, et les gars ont dû mettre en pause ma session d'enregistrement. J'ai eu une putain de dépression mentale. Tout à coup, ma vieille habitude de rechercher la perfection a refait surface. Les gars me disaient : 'C'est ok Courtney, nous pouvons refaire ça demain', et je suis allée dans un placard dans ma chambre et j'ai pleuré et pleuré. Le lendemain, la magie a opéré. Si je n'avais pas eu cette panne la nuit précédente, je n'aurais pas pu interpréter la chanson comme je l'ai fait le lendemain.

Crédit photo : Kyle Joinson

12. Constance 

Courtney commente : "'Sun Killer' était prévu comme piste d'ouverture, 'Holy Roller" était censé être le point médian de l'album suivi d''Eternal Blue', 'Constance' était censée être la chanson finale."

Le morceau est à la fois un hommage à la grand-mère de la chanteuse, Phyllis, décédée récemment, et à la grand-mère du réalisateur du clip, Dylan Hryciuk, Constance, qui lutte actuellement contre les derniers stades de la démence.

"Je suis venue voir notre réalisateur Dylan avec une proposition : créons le clip et le contenu des paroles de la chanson en même temps. Nous nous sommes tous les deux sentis obligés que la chanson et l'histoire reflètent le chagrin que nous ressentions tous les deux pour nos grands-mères décédées récemment."

Malheureusement, les restrictions de voyage qui ont été adoptées alors que la pandémie de coronavirus s'aggravait dans le monde entier interdisaient à Courtney d'avoir une dernière occasion de passer du temps avec sa grand-mère. 

"En raison des fermetures de frontières, je n'ai pas pu dire au revoir à ma grand-mère Phyllis, à qui la chanson est en hommage, ni assister à ses funérailles", a déploré la chanteuse. "Je lui ai toujours promis que je chanterais à son service commémoratif, parce qu'elle a toujours demandé une 'jolie chanson sans ces cris effrayants'. J'espérais qu'écrire cette chanson sans 'cris effrayants' m'aiderait à trouver un sentiment de clôture.

Nos clips ont généralement un élément d'horreur, et nous voulions explorer un autre côté de l'horreur : l'horreur de l'impression que votre esprit vous trahit, à cause d'une longue bataille contre la démence. Avec la permission de Dylan, nous avons nommé la chanson 'Constance' pour immortaliser son histoire.

La dernière partie de cette chanson se fait de plus en plus lourde, les instruments semblent se désagréger petit à petit, comme pour représenter ce qui se passe dans le cerveau de quelqu'un qui a la maladie d'Alzheimer, où les souvenirs se dissipent et ne font plus lien.

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