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Evanescence : retour sur The Bitter Truth à l'occasion de ses un an !


Alors que The Bitter Truth, le 5ème album album d'Evanescence (alternative metal), souffle aujourd'hui sa première bougie, revenons sur le disque et l'inspiration/la signification derrière les chansons !

Tout d'abord j'avais eu un coup de cœur lors de la sortie du premier single, "Wasted On You", mais au fil des sorties, mon enthousiasme s'était essoufflé, j'étais de moins en moins emballée par ce que nous proposait le groupe. Étant plus touchée par l'introspection que par la révolte, de ce fait les textes et le son me touchaient moins.

J'étais donc septique quant à cet album, et c'était dur de se l'admettre en tant que fan de la première heure. Je me disais que simplement, le groupe prenait une direction qui ne me touchait pas, mais que je continuais à les suivre car j'avais conscience qu'un groupe ne peut pas offrir des albums au fil des années qui plaisent à tous les fans et se renouveler en même temps.

Mais en lançant celui-ci pour la première fois, j'ai ressenti quelque chose qui prend aux tripes, de surprenant, de très touchant… Amy nous dit que les singles sont juste la partie émergée, la pointe de l'iceberg et en effet le reste de l'album est très profond. Amy nous prévient, cet album est un voyage, et ce sera un voyage très turbulent.

1. "Artifact/The Turn" : Amy raconte à Kerrang qu'elle a fait "Artifact" seule pendant la tournée. Cette chanson débute avec une intro où sa voix est très mise en avant, avec une ambiance semblant sortir de la BO du Seigneur des Anneaux, et qui rappelle une chanson que Florence and The Machine avait fait pour la série Game of Thrones ("Jenny of Oldstones"), et où se mêle aussi une inspiration de l'univers de Björk, avec cet entremêlement de bruit electro, avec sa voix limpide.

L'intro est calme et monte crescendo lors du passage à "The Turn" (collaboration avec Scott Kirkland du groupe The Crystal Method), le rythme se fait de plus en plus rapide tout en étant très aérien (vibes très Fallen), la voix d'Amy monte de plus en plus, l'intro s’enchaîne sans interruption avec "Broken Pieces Shine".

2. "Broken Pieces Shine" : Amy explique à Kerrang qu'elle voit le début de l'album comme partant d'un point zéro (Ground Zéro), c'est-à-dire de cet endroit précis sur le sol tout juste avant qu'ait lieu une explosion, comme ce qu'on peut ressentir après une tragédie, ce qui est bien retranscrit avec le fait que l'intro est très calme (point zero), et puis il y a un décompte (3, 2, 1, 0), et juste après il y a l'explosion avec une grosse batterie. On sort donc de cet état dépressif, léthargique et très calme de l'intro qui vient signifier quelque chose d'inanimé qui se réanime petit à petit avec "Broken Pieces Shine", où la batterie se fait très présente. C'est rythmé, mouvementé, il y a un retour à la vie.

Ce décompte aussi vient signifier un décollage, Amy raconte qu'en 1986 (soit 1 an avant la mort de sa sœur Bonnie), lorsqu'elle avait 5 ans, avec sa famille elle était partie voir des astronautes monter dans une navette spatiale, ils attendaient le compte à rebours de la navette et lorsqu'elle décolla, elle explosa en plein ciel tuant tous les astronautes à l'intérieur (cf : Accident de la navette spatiale Challenger). L'album commence donc avec ce 1er souvenir traumatique, la mort est une expérience très présente dans la vie de la chanteuse, cela a profondément changé sa vision de voir les choses. Elle voit cette chanson comme un hymne pour le groupe et pour les fans, et qu'elle a pour thème la douleur, la beauté de la survie, de la sagesse qu'on peut tirer de la souffrance et de la grâce qu'on peut éprouver dans l'acceptation de soi. C'est Jen qui a eu l'idée d'un couplet étouffant. 

3. "The Game is Over" : Le titre débute sur un roulement de batterie et une basse lourde typique nu metal, entre groove et côté martial, tandis qu'une explosion a ensuite lieu dans un gros refrain rock/metal réussi : "Change me into something I believe in, Change me so I don't have to pretend". Amy explique à Loudwire : "Cette chanson parle d'en avoir marre de la façade. Les déguisements que nous portons pour que les autres se sentent à l'aise, les sentiments intérieurs étant si différents de ce que nous montrons à l'extérieur pour s'inscrire dans les limites de ce qui est socialement acceptable, ou de ce qui ne va pas vous rendre désagréable ou trop 'bizarre' pour les gens autour.

'The Game is Over' est une promesse faite à moi-même et à haute voix que je vais être d'avantage mon vrai moi intérieur à l'extérieur - ne pas l'enfermer parce qu'il ne peut plus être contenu. C'est aussi une prière pour devenir meilleur, pour ne pas se sentir si abîmé, enfermé et blessé à l'intérieur."

4. "Yeah Right" sort du lot, Amy nous avait dit que l'album avait un côté "sassy", et on peut bien ressentir le côté un peu sexy et provoquant dans cette chanson. Elle a été écrite il y a 10 ans pour l'album éponyme mais elle ne plaisait pas au label, donc Amy l'a gardé de côté et en a fait quelque chose de différent pour cet album.

Elle se termine sur un passage très calme au piano avec un long soupir, elle semble ouvrir le bal à la prochaine chanson où on plongera dans une ambiance très sombre, comme une promenade dans la noirceur. 

5. "Feeding The Dark" a une ambiance très hantée comme on a été habitué avec "Haunted", "Together Again" ou "Snow White Queen". Cette chanson est dans la même veine que les chansons du 2ème album, The Open Door, avec une intro electro et la façon de chanter d'Amy qui peut faire penser à "Lose Control", où l'instru prend son temps pour se déployer.

Elle semble parler d'être honnête avec soi-même et d'avoir conscience de sa propre noirceur, et que si nous ne voulons pas regarder ce qu'il y a en nous-même, nous serons toujours entrain de courir, donc on ne peut pas connaître la paix intérieure ("Don't look away, Let the light pour down on our darkest day, If we run from ourselves, We will run forever.")

Le groupe avait posté en story en septembre le pont au piano de cette chanson.

6. "Wasted On You" n'était pas destiné à être le premier single issu de l'album (même s'il contient la phrase "just pass me the bitter truth") mais le contexte du Covid a fait que le titre était adapté à la situation. On peut le voir comme une chanson pessimiste et nostalgique sur une relation ou l'état du monde actuel de manière plus générale. La chanson a d'ailleurs été terminée via des échanges de fichier et des appels téléphoniques à cause du confinement qui a empêché l'entrée en studio. Musicalement, le titre contrasté alterne piano et carillon avec un refrain plus pêchu. 

7. "Better Without You" parle de ce qu'Amy a du traverser dans l'univers musical, chaque couplet parle d'un événement difficile allant du plus ancien au plus récent. Le 1er couplet parle des conflits entre elle et Ben Moody à l'époque de Fallen où Ben est parti au milieu de la tournée européenne. La phrase "we're fallen" dans le pont est une référence intentionnelle à l'album du même nom (et peut-être une pique au groupe We are The Fallen que Ben Moody a crée avec d'ancien membre du groupe).

Le 3ème couplet parle de l'oppression du gouvernement américain, des dirigeants corrompus et de la bataille pour avoir une démocratie partout dans le monde.

8. "Use My Voice" a un message central fort sur la prise de parole et le droit de vote. Musicalement il y a un côté arena rock et les chœurs sont assurés par Lzzy Hale, Deena Jakoub (of VERIDIA), Lindsey Stirling, Taylor Momsen, Sharon den Adel, Jen Majura, Amy McLawhorn, et les sœurs d'Amy, Lori Lee Bulloch et Carrie South.

9. "Take Cover" existe depuis longtemps et a enfin été terminée pour ce disque (elle était destinée à la version originale du troisième album éponyme produit par Steve Lillywhite au début de 2010, mais a été abandonnée à la demande de leur ancien label). Evanescence la dédie à "Tous ceux qui ont essayé de détruire le groupe". Instrumentalement assez varié, le titre débute sur de l'electro puis un rythme effréné de batterie avant de calmer le jeu pour des couplets lancinants avec le chant d'Amy, avant d'augmenter à nouveau le tempo pour un titre très rock au final. Pleins de confiance, les textes retracent des évènements qui ont eu lieu autour de 2010 et "si tu penses que cette chanson parle de toi, c'est le cas !". 

10. "Far From Heaven" marque un vrai tournant dans l'album, l'agressivité, la haine, la révolte s'en vont pour laisser place à la plus grande blessure de toute. Ici la tristesse se déploie, c'est la ballade de l'album. Amy semble peiner à chanter, la chanson se termine à demi-mot, elle semble ne pas réussir à finir sa dernière phrase, comme pour signifier qu'elle manque de mots tout comme il lui manque quelqu'un. Lors qu’elle a fait écouter pour la première fois cette chanson à son père, il a pleuré.

Cette chanson est dédiée à son frère défunt, mais elle parle aussi de la remise en question de sa foi envers Dieu : "Je parle de mes frères et sœurs, parce que ceux-ci sont évidemment les plus proches de moi, mais il y a eu beaucoup de pertes dans ma vie, j'en ai vécu de nombreuses fois. Je me rappelle à chaque fois avec chagrin qu’il y a un choix que vous devez faire pour vous-même entre la vie et la mort ; entre se lever ou non."

11. "Part Of Me" : Amy semble dire ici qu'elle doit survivre malgré tout à la mort de son frère ("I will be more than my survival, only scars on my heart") qu'elle réussie car il fait partie d'elle, qu'il reste là dans son cœur et dans ses souvenirs ("You're part of me now and always"), elle le dit d'ailleurs dans une interview : "Je crois que l'amour existe au-delà de la vie, au fait s'accrocher aux êtres perdus mais qui reste en nous-mêmes". Les refrains sont très poignants et empreints de tristesse, de tragédie et de paradoxe car elle chante de façon désespérée un message d'espoir. 

12. "Blind Belief" : Ici le pont est assez dingue et la basse puise directement son inspiration dans des bons vieux riffs de Korn. L'album clôture avec la phrase "Love is over all/l'amour est au-dessus de tout". Tout au long de cet album, Amy raconte toutes les épreuves qu'elle a du surmonter, et que la clef qui l'a aidé à surmonter tout cela est que l'amour est plus fort que la tragédie. C'est un beau message d'espoir.

Elle raconte "Je crois que nous avons besoin d'amour par-dessus tout. Cela devrait être simple, mais c'est compliqué. L'album est un voyage à travers le deuil, entre autres. La fin atteint ce point d'acceptation apparemment impossible. Le pardon, l'honneur, le souvenir et l'amour par-dessus tout. Et quand j'arrive à la fin de tous ces sentiments - y compris la rage, le chagrin, tout cela mélangé - je me sens libérée. Je sens que je veux entrer dans le futur.

Dans les grandes lignes, on peut dire que c'est un album de groupe, la voix d'Amy est beaucoup moins mise en avant, et on entend davantage les autres musiciens (notamment la batterie). C'était déjà le cas dans l'album éponyme, ce qui peut dérouter à la 1ère écoute, surtout en étant habitué à l'album Synthesis. C'est un album fait pour être vécu en live, les chansons sont très rythmées et ont une énergie folle ! Une des qualités dans la musique d'Evanescence, c'est que dans la majorité des cas, les ponts sont très réussis. C'est un album qui se veut plus brut, moins métaphorique, et on peut déjà s'en douter en regardant la pochette très sobre de l'album. Amy nous disait pour le magazine My Rock (numéro 68) que son idée de base était de voir la vérité en face, et que cela passait aussi par le fait de se montrer la plus honnête possible, et sans maquillage. C'est aussi quelque chose qui se voit dans les paroles car elles sont moins métaphoriques, moins déguisées, le message est plus clair dans "Yeah Right" et "Take Cover" par exemple, chose qu'elle faisait déjà auparavant avec "Call Me When You're Sober". On peut y entendre les influences musicales de son adolescence, "Take Cover" a un refrain qui fait penser à la musique de Nirvana, la basse dans le pont de "Blind Belief" plonge directement dans l'ambiance du Korn des années 2000. L'intro fait penser à du Björk pour le côté expérimental. Amy nous dit dans son interview pour List.co.uk que ses influences pour cet album sont le rock/grunge des années 90 et des artistes actuels comme Billie Eilish et Bring Me The Horizon. C'est un disque qui peut dérouter à la première écoute tant il est varié et peut être difficile à digérer, ou pour garder une mélodie en tête, je pense que c'est le genre d'album où les chansons doivent être écoutées individuellement. 

J'ai au final un avis mitigé sur The Bitter Truth, et je pense que c'est normal car chaque chanson a sa propre identité et ne peut pas plaire à tout le monde. 

Sylvie.

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