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Chronique : Static Dress - Injury Episode


Deuxième album pour les emos britanniques de Static Dress, trois ans après le premier opus Rouge Carpet Disaster qui, en plus d'une longue série de singles en vrac sortis auparavant, avait rapidement fait grimper le groupe au sommet du mouvement de renaissance emocore à l'ancienne. Si beaucoup de jeunes groupes perpétuent la tradition, Static Dress sert grandement d'exemple depuis 2020, et ce n'est pas pour rien : la bande menée par le chanteur Oli Appleyard a clairement étudié son sujet de près pour comprendre pourquoi cette ère de la musique emo était si spéciale, et s'est imprégnée non seulement du son en profondeur, mais aussi de toutes les esthétiques qui vont avec. Appleyard ayant souvent répété en interview que le but n'était pas de copier les années 2000 et de surfer sur la nostalgie, mais juste de reprendre là où cette scène s'est arrêtée en y apportant l'énergie des années 2020. La hype était quasi instantanée, mais est-ce que l'effet de surprise va perdurer dans le temps ?

​Au risque de rendre la chronique redondante, il sera impossible de ne pas faire d'innombrables comparaisons pour parler de ce disque. Et c'est probablement le but, l'album entier étant un comeback assumé. Retournez en 2006, prenez du Dead Poetic, Senses Fail, Story of the Year, Underoath, My Chemical Romance et Finch, secouez bien fort, et vous obtiendrez Injury Episode, et c'est un véritable plaisir. L'album enchaîne dès le début des titres puissants comme l'énorme "Questioning", jonglant entre parties criées et mélodiques en parfaite osmose jusqu'à son refrain ultra-efficace. Dans la même lancée, "Pharmacy Film" et sa structure post-hardcore bien lourde et dynamique aident à annoncer la couleur très tôt. Appleyard chante avec plus d'entrain et de confiance en lui que sur le précédent disque, comme sur "Lip Critic" où il endosse l'excentricité d'un Gerard Way époque Three Cheers mais avec un emocore électrique digne de Funeral For a Friend.

​Si les comparaisons ne manquent clairement pas sur cet album, il ne faut surtout pas croire que Static Dress se contente de faire une parodie de la scène. Au contraire, vous aurez la sincère impression d'être revenu 20 and en arrière et de découvrir votre nouveau groupe emo préféré sur le CD sampler du dernier magazine Rock One. La production aide beaucoup, et s'avère mieux calibrée qu'avant. Si Static Dress a toujours eu le goût juste pour recréer à la perfection cette sensation de nostalgie, ils avaient parfois tendance à se perdre dans des choix de production extrêmement grinçant et agressifs, qui jouaient trop sur l'expérimentation au détriment de certains morceaux. C'était un point négatif sur leur premier album qui partait souvent un peu trop dans tout les sens avec une absence de structure pouvant être particulièrement déroutant. 

Bien que ces éléments soient toujours présents ("Male Bomb" est particulièrement nerveux), ils sont cette fois mieux gérés. "Classic.Death.Pose", par exemple, est court et droit au but : une déferlante violente à la Bless the Martyr de Norma Jean qui apporte une dose de chaos nécessaire et plein de glitches. Le single au titre ironique "Nostalgia Kills" en featuring avec Underoath, en plus d'être lui aussi une claque monumentale, fait office de passage de flambeau de la part d'un des groupes les plus mémorables de la scène. Dissonant et vicieux, c'est probablement le tube le plus heavy de l'album, mais toujours avec un refrain chanté intense et mémorable où les voix de Spencer Chamberlain et Aaron Gillespie (toujours un magnifique duo, c'est indéniable) s'accordent parfaitement ici avec notre frontman anglais.

​Mais Injury Episode se veut aussi plus gros, plus ambitieux et populaire, et va s'aventurer dans des territoires plus calmes et un tantinet radio friendly. C'est aussi là que la comparaison avec My Chemical Romance rentre le plus en jeu. Le single "Hospice" en est le modèle parfait : un vrai hymne emo pop époque The Black Parade avec une mélodie imparable, maniée avec tact et beaucoup d'émotions. "Human Prop" et "Dull Blade Disguise" resteront aussi parmi les morceaux les plus catchy et sympathiques, où le post-hardcore screamo complète très bien un aspect plus pop. Le groupe explore des territoires plus atmosphériques, et c'est là aussi une très agréable surprise. "Adapter" est plus vulnérable et presque dénué de screams, avec un refrain intense qui donne des frissons (la comparaison avec Dead Poetic époque New Medicine est bluffante de réalisme). Une belle mention aussi pour "Adult Diamond" et ses éléments acoustiques mêlés à des notes de synthé, un étonnant mélange planant entre Placebo et Deftones, mais toujours aussi emo et d'un calme exemplaire. L'album se conclut sobrement avec "Treading", dernier hymne emocore à la Finch pour tirer le rideau sur le disque, se remémorer avec affection la musique de notre adolescence et se dire que ce n'était définitivement pas "juste une phase".

​Injury Episode est l'illustration même d'un deuxième album parfait. Il exécute ce qui a fait le charme des débuts du groupe avec plus d'expérience et de cohésion, mais s'ouvre aussi à un public plus large sans perdre la moindre saveur, et ne s'en retrouve que meilleur. Que vous soyez un emo kid trentenaire qui comprendra parfaitement l'exécution du disque et de ses influences, ou bien à la recherche d'un album emo qui offre un spectre plutôt vaste de ce que cette scène peut proposer, l'expérience est absolument recommandée. Static Dress valide qu'ils ont encore beaucoup à offrir, faire du vieux dans un emballage tout neuf leur va à merveille et confirme leur statut de pilier du revival emo. 

​Note du rédacteur : 5/5

Eddy F

1. lose the rain
2. questioning
3. Pharmacy Film
4. Adapter
5. Nostalgia Kills ft. Underoath
6. this farewell is a…
7. …hospice
8. lip critic
9. Malebomb
10. dull blade disguise
11. Classic.Death.Pose
12. Adult Diamond
13. human props
14. not a lesson to be endured, but one to grow from
15. Treading

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