HEADKEYZ (Interview Exclusive) : "Notre deuxième album est un reflet déformé du premier"
HEADKEYZ est un groupe français originaire de Montpellier créé durant le confinement par Edge, le leader du projet, qui mélange rock alternatif et nu metal. Le 16 janvier dernier, ils ont sorti le deuxième volet de leur duologie, The Cage & The Crown : Chapter II. Fort de leur succès, Edge nous a accordé une entrevue pré-concert pour discuter du projet !
LN! : Vous avez sorti The Cage & The Crown - chapitre 1 en
2022, et cette année vous sortez le chapitre 2. Pourquoi avoir choisi d'en
faire un second chapitre ?
Edge : Pour pouvoir aussi aborder l'histoire d'une manière
différente, vraiment tranchée. L’idée n’est pas simplement faire une suite,
mais plutôt de faire un parallèle, comme regarder le premier chapitre via un
miroir déformé. Tout fonctionne par deux, mêmes les clips deviennent une
histoire parallèle.
LN! : Pourquoi cette volonté de déformer le premier chapitre ?
Edge : Dans le premier album, surtout dans les clips, on voyait
une créature blanche évoluer dans un univers monochrome, on ne savait pas
trop ce qu’il se passait, et ce chapitre 2 permet de comprendre un peu
mieux son positionnement dans l'histoire. On voit que la DA est
complètement différente dans le deuxième album, même si c'est une suite.
C’est volontaire, dans cet album, on a trois lignes temporelles via trois
personnages différents qui sont les protagonistes de tout l'univers. On a
Fiona et sa sœur jumelle qui se cherchent tout le long, et le personnage
blanc dans tout ça est la personnification du lien entre les deux
jumelles. C'est pour ça que le personnage blanc est présent dans les
évènements des deux autres personnages mais un peu de manière bordélique,
il existe dans les deux vies en même temps pour symboliser ce lien entre
les deux, et il faut l’expérience des deux albums pour tout
comprendre.
LN! : Ok, c'est stylé ! Les chansons du second album sont censées
correspondre aux chansons du premier album, au niveau composition, comment
tu as réfléchi à ça, est-ce que ça correspond musicalement aussi
?
Edge : Ça correspond musicalement, mais ça n'a pas forcément été
fait exprès à la base, je me suis rendu compte plus tard qu’il y avait des
morceaux qui étaient un peu dans le même délire. Quand j’ai commencé à me
faire à l'idée d'avoir un chapitre 1 et un 2, c'est devenu clair et j’ai
fait correspondre les chansons, comme "The Keys", qui a été composée pour
être le reflet de "Passenger". De même, certaines chansons du second album
étaient composées avant le premier, mais ça faisait sens de les
positionner sur le deuxième chapitre.
LN! : Tu parlais des vidéos aussi, donc on a deux trilogies qui suivent
les trois personnages, c'est toi qui les as réalisées ?
Edge : Ouais, je les ai créées, en tout cas j'ai écrit le pitch,
fait les storyboards, donné la DA… mais je ne réalise pas du tout de
films, je n'ai aucune notion même si j'adore le cinéma, c'est juste une
passion mais je n’ai jamais rien filmé. Ça m’aurait rajouté trop de
boulot, donc l'idée c'était de s'entourer aussi de réalisateurs. Sur le
premier album il y avait Sophie Maya Bernard, et sur le deuxième on a fait
appel à Bastien Sablé, qui fait aussi les clips de Julien Doré,
Aya Nakamura, ou dans le métal Ashen par exemple. On s'est
super bien entendus et il était chaud pour participer à ce projet, même si
au début ça le faisait un peu flipper car le projet était un peu
ambitieux, mais finalement ça s'est super bien passé, et le résultat est
cool.
LN! : Tu as vraiment dirigé toute la vision du projet du coup !
Edge : Sauf certains détails où pour des raisons techniques, ou au
niveau du budget, on me disait de me calmer. Le réalisateur il est aussi
là pour ça ! Sinon après je pars dans un délire et ça finit par devenir
Stranger Things. Sauf qu’on n’a pas le budget de Netflix alors je ne suis
pas prêt de rivaliser !
LN! : C'est aussi des vidéos qui sont tournées en noir et blanc. C'était
une de tes visions aussi ?
Edge : Cette idée est née d'un problème technique ! Je voulais un
effet noir et blanc, mais filmé en couleurs ; c’est-à-dire qu'on aurait
tourné devant un mur blanc avec des fringues noires, mais c'était beaucoup
de contraintes techniques et c'était difficile à anticiper, c'était
galère, on n’y arrivait pas. On a donc décidé de tout mettre en noir et
blanc, ce qui a aidé finalement. Dans le noir, t'as plusieurs teintes de
noir, plusieurs teintes de blanc. Quand tu le filmes en couleur comme on a
fait, ça se voit vraiment, ce n’est pas homogène, ce n’est pas terrible en
fait, ce n’était vraiment pas très joli. On s'en est rendu compte après,
donc on a tout mis en noir et blanc pour rattraper le coup et finalement
c'était cool. Sur le deuxième album, on contraste vraiment en remettant la
couleur, et au moins ça tranche vraiment, on comprend quand on revient
dans les anciens clips la dualité des deux albums.
LN! : Cette dualité est donc présente autant en vidéo qu'en musique.
C'est aussi quelque chose que tu veux retransmettre dans les paroles des
musiques, c'est des thèmes qui sont quand même assez sombres, sur
l'humain, l'égoïsme, la noirceur des êtres humains, etc, comment
réfléchis-tu aux paroles que t'écris ?
Edge : Là, c'était très contextuel, parce que le projet a vraiment
pris vie pendant le confinement. C'était une période très particulière où
tout le monde était coupé du monde, donc il y a cette sensation
d'enfermement justement, une espèce de cage aussi, et à ce moment-là il y
a eu un constat : quand l'homme n'agit plus sur les éléments extérieurs,
en fait tout va bien, ça se passe bien, les oiseaux reviennent, il y avait
moins de pollution. On se disait qu’il y aurait peut-être un après, un
après cool, mais en fait non, l'après est pareil qu'avant, et c'est là où
ça rejoint justement l'espèce d'égoïsme, la vision nombriliste de
l’humanité.
LN! : C'est le fait que tu avais besoin de l'exprimer qui a fait que le
groupe s'est formé ?
Edge : En fait, j’avais un projet solo avant, qui était très axé
pop, et ça n'a pas trop marché. Je n’ai pas assez développé le projet, je
l’ai un peu laissé tomber. Headkeyz, c'était censé être la suite directe
de ce projet, mais c'était vraiment différent autant dans la musique que
dans le message, donc je me suis dit que ça devait devenir un groupe. Même
si ça reste moi qui compose et tout, il fallait quand même qu'il y ait des
gens aussi qui amènent quelque chose. Par exemple je fais la base du
morceau, les textes, les maquettes, mais après quand on répète, chacun
vient amener un petit peu ses idées. Il faut que la musique colle à
chacun, c'est ça qui fait vivre la musique, parce que si c'est juste
refaire mes maquettes exactement, c'est naze, autant que je le fasse tout
seul. Là, tout le monde a vraiment apporté quelque chose, il y a eu un
travail de son, il y a eu un travail sur l'énergie, sur la dynamique, et
puis on s'entend trop bien, donc c'est vraiment cool, on se marre tout le
temps.
LN! : Justement tu disais, ça vient du coup d'un projet pop, mais là on
est dans quelque chose qui est plus alternatif, nu metal, je ne sais pas
trop comment tu définirais le son que vous avez donné à Headkeys au
final.
Edge : Je le définis pas ! Je dirais qu'on fait du Headkeyz. Si je
devais vraiment décrire le truc, je dirais que c'est un gros métissage de
plein de choses, sans pour autant essayer de faire comme un tel, un style.
C’est très rock alternatif, parce que c'est vraiment l'essence même du
projet, mais après tu vas retrouver des influences qui viennent de plein
de courants musicaux différents, c'est très inspiré de plein de choses, le
but c'est qu'il n'y ait pas de limites. Quand je compose par exemple, je
vais toujours trop loin, pour peut-être revenir après en arrière, mais
c'est comme ça que je trouve des choses originales aussi, c'est
intéressant. On est entre le rock et le metal sans style précis.
LN! : Ouais, quand t'écoutes l'album, ça fait très rock, après t'arrives
sur la fin par exemple, la dernière chanson, t'as du cri, etc, ça devient
très brutal d'un coup.
Edge : Ouais, c'est très alternatif, il y a beaucoup variations
dans cet album, et ça fait en même temps un récit, c'est bien parce que ça
fait des hauts, des bas, le but c'est de ne pas s'ennuyer quand tu
écoutes.
LN! : La chanson "Rotten Party" m'a fait beaucoup rire, surtout via les
paroles, d'où tu tiens ça, est-ce que c'est une expérience ?
Edge : C’est plusieurs expériences. On a tous fait des soirées
chaotiques où tu ne te rappelles de rien, ça part n'importe comment,
t'arrives chez quelqu'un, tu ne sais même pas qui c'est… J'avoue, ce
morceau là c'est l'ovni de l'album vraiment, parce qu'il arrive en plein
milieu, ça parle d'une soirée, alors que les autres textes sont assez
sérieux ! Mais je pense qu'il y avait besoin de ça aussi, d’un
lâcher-prise, quelque chose d'un peu différent. C'est aussi le contraste,
on le disait, cette espèce de dualité qu'il y a sur les albums, elle
existe aussi entre l'album et le live. Sur l'album c'est assez sérieux, on
fait attention, il y a toute l'esthétique et on essaye de faire quelque
chose d'assez chiadé, et au contraire en live dans notre attitude, c'est
très lumineux finalement, on est là, on est avec les gens, on se marre, on
fait la fête, c’est moins sérieux !
LN! : C'est paradoxal avec, au final, ce que tu chantes devant les gens
tout en faisant la fête…
Edge : Ouais, mais c'est intéressant en même temps. C'est une
expérience complètement différente, et puis c'est comme ça que tu
provoques des émotions aussi, des souvenirs… Des fois on vient nous voir
en nous disant qu’en fait on a l’air gentils. Ben… Oui ! C’est rigolo
d’entendre ça, je me demande ce qu’ils pensent de nous juste avec les
albums studio !
LN! : Tu as eu des bons retours sur ce deuxième opus ?
Edge : Oui ! Je n'ai eu que des bons retours. On est dans les 7
albums Rolling Stone, là... On a fait pas mal d'interviews, beaucoup de
retours de médias qui aiment vraiment le projet, c'est super on est trop
contents. Ça veut dire qu'on a réussi le pari aussi, de proposer quelque
chose de différent. Les risques ont payé !
LN! : Tu dois être content, par rapport à ton projet d’avant qui ne
marchait pas trop, et en le transformant comme ça, t'as trouvé ton
public.
Edge : Ça marchait un peu, j'avais quand même eu des trucs sur
MTV, y'avait des clips qui passaient, mais je n’avais pas encore le
background, l’expérience de développer un projet… Ça m'a vachement aidé
justement, ce projet avant, pour développer Headkeyz. Je mets un peu en
pratique toutes les erreurs que j'ai pu faire avant. Même si les choses
ont évolué avec le temps, évidemment, dans la façon de consommer la
musique. Il faut produire, produire… Au final c’est marrant d'arriver avec
un album et un concept comme ça, et que ça fonctionne bien. Les challenges
sont différents pour un groupe en 2026. Une part importante du travail se
fait juste sur ton téléphone. Ce n’est pas évident, mais ça me va
!
LN ! : Tu me disais tout à l'heure, les concerts, c'est juste la bonne
humeur. Est-ce que vous planifiez vos concerts, ou juste vous montez sur
scène, vous jouez et vous improvisez ce qui se passe avec les gens
?
Edge : C’est quelque chose qui se débloque… Tu sais, à force de
faire des concerts, tu commences à avoir des automatismes, il y a des
mouvements que tu vas débloquer à des moments, et tu vas les refaire aux
prochains concerts parce que t'as trouvé ça cool, ou parce qu’il s'est
passé quelque chose. Mais souvent on ne s’en rend pas forcément compte. On
fonctionne vachement à l'instinct. Et je pense que c'est ce qui rend le
truc aussi honnête en live. Il y a une dimension de sincérité. Je ne
répète jamais ce que je vais dire au micro… même si je devrais le faire un
peu, parce que des fois, je dis des conneries !
LN! : Il y a des groupes, tu vas les voir cinq fois, c'est cinq fois
exactement la même chose.
Edge : Nous, on en parle, on ne veut pas faire ça. Déjà pour le
public, parce que ça peut arriver que tu aies des gens qui t'aient vu deux
fois en concert d'affilé, et s'ils voient le même show, ben non, autant
acheter l'album à ce moment-là. Donc non, tu n'auras pas deux fois le même
show, tu auras les mêmes morceaux, mais ça ne sera jamais joué exactement
pareil, je ne vais pas avoir les mêmes interactions. La connexion au
public, c'est important, et c’est toujours différent. Et puis, suivant ton
état aussi, des fois, tu es plus fatigué, des fois, y’es en forme… De
toute façon, tu sais que les gens ils viennent te voir, et nous, on vient
voir le public aussi. On est là pour échanger quelque chose. Donc on
cherche toujours la connexion sans être dans l'animation, on ne va jamais
réclamer quelque chose de spécifique du public. Il faut s’adapter aux
spectateurs. C'est un exercice qui est intéressant.
LN! : Headkeyz, c'est donc complètement différent entre le live et le
studio.
Edge : Ah oui, ça n'a rien à voir. J'aime bien le studio, quand
même. Moi, je suis un ermite à la base. Ce n’est plus le cas maintenant,
mais au début, la scène, ce n’était pas évident. Je n’ai pas un esprit de
showman. J’ai dû le débloquer. C’était un challenge de chanter devant un
public, c’est aussi pour ça que j’y vais à l’instinct ! Si un jour on fait
une grosse tournée avec beaucoup de dates, peut-être que je bosserai un
truc, mais ce n’est pas encore le cas. Et j’aime ça aussi !
Interview : Margot Patry

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