Chronique : MX Lonely - All Monsters
Si le groupe concède ne pas être à l'aise avec les étiquettes, le guitariste-chanteur Jake Harms admet que le shoegaze est un genre universel pour leur musique, bien que "plus heavy et alternatif, jouer par Smashing Pumpkins". Une description qui résume plutôt bien ce qui vous attend. L'album s'ouvre avec Kill The Candle, un titre à l'ambiance goth rappelant The Cure, notamment avec un chant masculin un peu traînard et maladroit de Harms qui évoque la vulnérabilité de Robert Smith, mais avec un son retravaillé dans la dissonance et la réverbération d'un post-punk nerveux, porté par une batterie particulièrement agressive et des guitares abrasives : on comprend d'emblée qu'il y a beaucoup de beauté dans le vacarme.
All Monsters joue habilement entre l'urgence du punk alternatif et la rêverie du shoegaze. C'est un disque qui transpire l’anxiété, mais qui cherche la lumière dans la distorsion, comme sur le titre "All Monsters Go to Heaven". Les "monstres" dont il est question ici prennent la forme de démons intérieurs, notamment l'alcoolisme et l'euphorie de genre - un thème récurrent chez la vocaliste leader Rae Haas, dont la voix fragile apporte une douceur presque angélique au milieu du chaos.
Le single "Shape of an Angel" en est un magnifique exemple. Si l'influence de groupes comme My Bloody Valentine est indéniable, offrant une ampleur aérienne à l'album, la tension grunge n'est jamais loin et apporte l'énergie nécessaire en milieu de parcours. "Return to Sender" vient aussi en tête dans un registre plus accrocheur, où les couplets entêtants mais doux-amers sont sublimés par la distorsion mélancolique du refrain et du pont planant. Ce constat est encore plus flagrant sur l'excellent "Anesthetic", une chanson d'amour extrêmement vulnérable qui embrasse l'attitude de Sonic Youth ; une montée qui prend aux tripes et solidifie la puissance vocale de Rae Haas.
Si les morceaux cités jusqu'ici constituent les plus accessibles, d'autres le sont beaucoup moins. Sur "Big Hips", la voix douce de Haas devient lourde et pleine d'incertitude sur un titre rempli de mal-être, traitant de l'euphorie de genre lors de l'adolescence d'une manière particulièrement crue et monotone. Nous retrouvons aussi le chant masculin de Jake Harms sur des morceaux lents et lourd comme "Blue Ridge Mountain", et surtout le titre de clôture, "Whispers in the Fog", déferlante de noirceur grunge de 7 minutes, évoquant le In Utero de Nirvana, vous inflige une dernière claque et rappelle, à travers un refrain criard, que vos démons ne sont jamais bien loin.
Pour ce renouveau, MX Lonely n'a pas fait les choses à moitié. All Monsters est une renaissance presque méconnaissable qui témoigne d'une détermination inédite chez les New-Yorkais de percé. L'album oscille entre la clarté d'une douceur pure et la violence d'un chaos dissonant qui tient en haleine. Le disque ne cherche pas à savoir s'il est possible d'échapper à ses monstres, mais semble figé dans l'incertitude du moment, rongé par le présent tout en gardant l'espoir du lendemain. À cette image, l'album n'est pas toujours parfait, mais c'est probablement volontaire. La production est menée d'une main de maître et maintient une cohérence constante sur un disque difficile et confus, mais magnifique et fascinant.
Note du rédacteur : 4/5
Eddy F
1. Kill The Candle

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