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Eye Of Melian (Interview Exclusive) : "Composer en s'inspirant de fantasy permet d'en être les héros" !


Le groupe Eye Of Melian, composé de Martijn Westerholt (Delain), Johanna Kurkela (Auri), Robin La Joy et Mikko P. Mustonen, s'inspire des contes de Tolkien pour façonner une musique orchestrale mystique et pleine de nuances. Ce quatuor, originaire du monde du metal, débute le projet durant la pandémie mondiale de Covid et sort son premier album autoproduit en 2022. En février 2026, ils sont revenus avec un 2ème effort, Forest of Forgetting, et à cette occasion, nous avons pu discuter avec Martijn et Johanna de la création des morceaux et de l'univers du groupe.

LN! : Eye Of Melian sort son deuxième album cette année. Pour commencer, on va s'intéresser à l'univers du groupe. Tout est très inspiré de Tolkien, vous évoquez les Valars jusqu'au nom du groupe, mais vous avez également beaucoup de références dans vos morceaux… Est-ce que c'est une limite, une contrainte que vous vous imposez, ou c'est plutôt une inspiration première qui vous permet d'écrire sur différents sujets ?

Johanna : On aime notre liberté créative par-dessus tout. On respire la liberté. Même si on s'inspire grandement de l'univers de Tolkien, on ne se sent pas limité ou contraint. On aime la fantasy sous toutes ses formes, et on aime aussi infuser nos expériences personnelles dans notre musique. Je pense qu'on traduit nos passions et nos vies de tous les jours d'une manière un peu fantaisiste, plus poétique, et on les transforme en musique. C'est comme ça qu'on crée nos chansons.

LN! : C'est un peu comme si vous viviez vos vies dans l'univers de Tolkien ?

Johanna : C'est un peu l'idée. Mais l'inspiration est une chose étrange, ce n'est pas fixe ; c'est quelque chose qui arrive sans qu'on s'y attende. Si quelque chose te parle, te fait plaisir à un moment donné, c'est un chemin à suivre. C'est comme ça que j'écris la musique et les paroles. C’est un voyage - je ne prévois jamais vraiment en avance à quoi ça ressemblera. Je suis mon cœur sur le moment.

Martijn : Je suis d'accord. On compose avec ce qui résonne en nous à un moment donné. C'est très important d'avoir cette connexion. Et j'espère que ça résonnera avec le public aussi. Tolkien est notre inspiration première, mais il y a beaucoup d'univers géniaux en fantasy, on ne se limite pas qu'à ça non plus ; ce sont des ambiances qui nous permettent de nos exprimer sur tous les sujets. Comme une trame de fond sur laquelle on peut broder nos propres histoires, nos vies.

LN! : Je vois ! Comme premier exemple sur ce nouvel album, j'ai choisi "Child Of Twilight". Je l'ai vraiment adorée, elle semble un peu plus sombre. Vous évoquez le personnage de Lómion qui a un destin assez tragique. Comment il vous a inspiré pour la chanson ?

Martijn : Je vais répondre pour la composition de la musique, Johanna te parlera des paroles. Même si pour ma part, composer de la musique, ça commence juste par jouer au hasard. Quand je suis d'humeur, je joue des mélodies jusqu'à trouver un air que j'aime bien. Quand ça commence à me parler, j'élabore autour de plus en plus jusqu'à obtenir un morceau. C'est la musique qui me guide. Quand je suis satisfait d’une composition, je l'envoie aux autres, et on continue de l'améliorer tous ensemble, puis Robin ou Johanna va écrire des paroles.

Johanna : Je suis contente que tu parles de "Children Of Twilight", car c’est un de mes morceaux préférés aussi sur cet album ! Je les aime toutes, mais celle-ci est un peu spéciale. Quand je lisais le Silmarillion, l'histoire de Lómion, qui s'appelle aussi Maeglin, ou de son surnom l'enfant des ténèbres (Child Of Twilight), m'a touchée. Elle est tragique, et la lire m'a brisé le cœur. Du coup, j'ai décidé d'écrire en partant de là, son histoire, mes sentiments à ce moment. J'étais inspirée par le personnage au premier abord, mais j'y ai infusé mes expériences en les mélangeant aux siennes ; le fait d'être tiraillé par ses origines, la façon dont on a été élevé, et la façon dont ça affecte toute notre vie. Je voulais développer ce thème, étudier la façon dont l'on peut changer sa trajectoire de vie pour se réinventer, changer de but, sans que les expériences passées ne viennent entacher notre vie actuelle. J'espérais en faire comme une hymne pour inspirer les auditeurs dans leur vie, les encourager à trouver leur lumière intérieure, l'étincelle qui pourra les relever et surmonter leurs cicatrices pour les transformer en quelque chose de beau, pour leur permettre de diffuser leur éclat à leur tour.

LN! : J'aime cette interprétation. Tu as lu cette histoire, et tu as réussi à transcrire tes émotions en paroles.

Johanna : Je voulais en faire une chanson sur l'espoir. Au lieu de prendre le chemin de Maeglin qui sombre, je voulais montrer qu'une autre voie était possible. C'était comme réécrire son histoire sans qu'elle soit aussi triste et tragique. C'est ce qui est magique avec la fantasy : pour moi, ça a toujours été des univers qui te donnent de l'espoir, qui enchantent ta vie de tous les jours et te font réfléchir, ça te donne des outils pour imaginer des situations différemment, et au bout du compte, ça te permet d'analyser et de surmonter certains évènements de ta vie. Ça offre beaucoup d'inspiration, et ça te permet de développer plein de petites facettes de ta personne qui ne sont pas assez exploitées habituellement. Rien que d'en parler, j'en ai des frissons, c’est si puissant ! La façon dont on se perçoit et dont on imagine sa vie, ça joue beaucoup sur notre avenir. Si on se dit directement que c'est trop dur et qu’on n'y arrivera pas, c'est ce qu'il se passe. Mais si on arrive à inverser la tendance, on découvre un potentiel immense qui se cache en nous, qu'on ne soupçonnait pas. La fantasy nous aide à nous voir comme le héros de notre propre histoire et nous donne du courage. C'est pour moi un outil essentiel pour que chacun puisse réaliser ses rêves !

LN! : C'est tellement une belle façon de voir les choses ! Si je comprends bien, la musique se compose d'abord, et les paroles sont écrites plus tard ?

Martijn : Oui, c'est ça. Johanna et Robin ont une façon très visuelle d'imaginer la musique. Quand elles écoutent mes compositions, on voit que ça les transporte, et que ça résonne d'une manière spécifique pour l'une ou l'autre. C'est à partir de là qu'elles commencent à poser des mots sur les mélodies. C'est vraiment une "dream team", et je suis sincère : c'est un honneur pour moi de travailler avec Johanna. Et nos façons de travailler s'imbriquent parfaitement. Je n'avais jamais rencontré des gens avec qui ça matchait aussi bien avant, c'est incroyable. On a toujours l'impression que c'est Noël quand quelqu'un envoie au reste du groupe les idées sur lesquelles il ou elle a travaillé.

Johanna : Je ressens exactement la même chose. C'est l'équipe de rêve, il n'y a pas d'autre façon de le décrire ! Tout a l'air si simple entre nous, c'est naturel, et c'est aussi car on s'apprécie tous énormément, humainement et artistiquement. Comme Martijn le dit, quand une compo arrive, j'ai l'impression que c'est Noël ! Mes doigts me démangent, car c'est tellement inspirant que j'ai envie de partir écrire et chanter directement, je dois poser les pensées que ça m'évoquent immédiatement. Je pense que c'est pareil pour Robin. Cette déferlante de créativité ne s'arrête jamais, et on surf dessus tous ensemble ! 

LN! : Une telle alchimie, c'est incroyable ! Johanna, tu envisionnes des scènes quand tu écoutes la musique, des histoires que tu as lues, des expériences, que tu traduis ? 

Johanna : Oui, c'est ça pour la majorité des cas. J'ai une vision en écoutant la musique et les paroles en découlent. Ça peut être un paysage, une image très précise. Ce fut le cas pour "Dawn Of Avatars" par exemple. Ou alors, ça peut être des mots. Parfois, c'est un mot, comme pour "Blackthorn Winter". Quand J'ai écouté la mélodie, un mot m'est tout de suite venu : "Takatalvi", soit "Blackthorn Winter" en finnois. Ainsi, j'ai tout développé autour de ce thème, et c'est aussi pour ça que le refrain est en finnois ! Donc voilà, l'inspiration peut prendre toutes sortes de formes. Et je n'ai jamais manqué d'inspiration. En tout cas, pour l'instant ! 

LN! : Tu as évoqué "Dawn Of Avatars", qui est probablement la musique la plus joyeuse et dansante de l'album. Quelles ont été vos inspirations pour celle-ci, autant pour la musique que pour les paroles ? 

Martijn : Pour la musique, j'ai eu envie d'utiliser des instruments qui diffèrent de mes habitudes. Sur ce morceau, j'ai commencé avec un dulcimer. Ça avait une ambiance plus tribale, plus ancienne, presque quelque chose de mystique. J'ai élaboré a partir de ça ; j'ai infusé de plus en plus de folk. On a Patty Gurdy qui joue avec nous dessus de la vièle a roue. C'est un instrument magnifique, avec un son unique. Ça se mariait très bien avec les violons et le tempo plus rapide, ça lui a donné beaucoup d'énergie ! Pour moi, la version finale a été une surprise. Ça a tellement évolué entre le début de la composition et le morceau terminé. Quand on commence à écrire, on n'a jamais la chanson entière en tête. Elle grandit petit à petit avec tout le monde. En fait, c'est toujours un voyage où nous découvrons l'arrivée quand nous finissons de composer. 

Johanna : La première fois que j'ai entendu le morceau, j'ai eu la vision de quelque chose d'ancien. Tellement ancient, comme si je voyais l'apparition de la vie même. La question classique : pourquoi est-on en vie sur Terre ? J'ai voulu explorer cette question, car c'est toujours un mystère même si on a des éléments de réponse. Et ce mystère, il nous unit tous, tous les êtres vivants. La chanson en fait une interprétation, d'une manière un peu mystique. 

LN! : Vous avez également Troy Donockley sur ce morceau. Qu'est ce qu'il vous a apporté ? Comment avez vous contacté vos invités ? 

Martijn : En composant, je me vois un peu comme dans un magasin. Ta musique est là, et tu te dis "peut être que cette personne précise pourrait apporter ce qu'il nous manque pour que ce soit parfait ?". C'est comme un ingredient magique qui rend ton plat délicieux. On a la chance d'avoir beaucoup de contacts. Johanna joue avec Troy dans Auri. Il est venu me voir en disant qu'il aimerait jouer sur ce morceau. C'était un vrai honneur, je le trouve incroyable.  Je me sens très humble face à lui, car je ne peux jouer que du piano alors que je lui, j'ai l'impression qu'il sait tout faire ! On a de la chance de l'avoir. Quant à Patty,  je l'avais vue jouer et je la suivais depuis longtemps déjà. Donc je me suis dit que j'allais tenter de l'inviter. Comme on dit, qui ne tente rien n'a rien ! Un message ne coûte rien et ça peut provoquer une belle collaboration. Elle a accepté et on a très bien connecté. Elle est adorable et m'inspire à bien des égards.

LN! : Ils vous accompagnent également sur le morceau "Elixir Of Night". 

Martijn : C'est vrai. J'avais oublié comment il s'appelait ! Quand je compose les mélodies, les titres sont différents. Pendant deux ans, on travaille avec des chansons qui s'appelle d'une façon, puis on les renomme à la fin. Alors je mélange tout le temps les titres. Avec la sortie de l'album, il faudrait enfin que j'apprenne tous les vrais titres ! 

LN! : vous changez les titres en fonction des paroles à la fin ? 

Martijn : C'est ça. On change le titre à la toute fin, quand le morceau est fini, pour refléter le thème de la chanson qui a pu évoluer avec la composition, les paroles... On se retrouve habitué à travailler avec un titre, et maintenant, ils ont tous changé. J'avoue, je suis perdu des fois ! 

LN! : Le morceau Nepenthe n'a pas de paroles. Pourquoi ce choix ? 

Johanna : Il y a de la voix, mais pas de paroles. On a décidé d'utiliser la voix seulement comme un instrument qui fait des notes sans prononciation. 

Martijn : Quand la mélodie fut créée, on a trouvait qu'elle n'avait pas besoin de paroles pour transmettre un message. Il manquait juste des envolées de voix qui rendent le morceau très beau, sans prononcer directement le message. C'est aussi intéressant de changer son approche à la chanson comme ça, d'essayer de créer quelque chose de différent. Ce morceau est très mélancolique. Il avait surtout besoin de ces notes lancinantes, qui flottent par-dessus la mélodie. 

LN! : Vous avez aussi une reprise de Brice Dickinson... Pourquoi cette décision ? C'est très surprenant venant de Eye Of Melian ! 

Johanna : C'est vrai ! Le groupe est signé chez un label de métal (Napalm Records). Alors on s'est dit que ce serait marrant de rendre hommage au metal en faisant une reprise d'un morceau célèbre du genre. "Tears of the Dragon" est un morceau légendaire du heavy metal. C'est Mikko (Mustonen) qui nous a donné l'idée, ça nous a plu. On ne connaissait pas très bien la chanson avant, j'avoue. Mais la version originale est incroyable. Instantanément, on a eu des idées pour la transformer pour intégrer l'univers d'Eye Of Melian. Je pense que la version finale est si réussie qu'on pourrait la prendre pour un morceau original si on ne connaît pas Bruce Dickinson

Martijn : Et puis, on est tous des metalheads a la base. Ce sont nos racines. Donc c'était logique. Et puis, c'est un vrai challenge de transformer à ce point un morceau, version Eye Of Melian, sans en perdre l'essence ! J'aime tenter des choses différentes. Je suis très content du résultat. 

LN! : Est-ce que c'est dur de passer d'un morceau avec de grosses guitare à une pièce orchestrale? 

Martijn : On doit tous remercier Mikko pour ça, il a fait la majorité du travail. J'ai remarqué en commençant le projet Eye Of Melian qu'on peut transmettre des mélodies très puissantes même sans guitares et batterie. Un orchestre offre beaucoup de contrastes. Il existe tellement d'instruments différents, ça offre une multitude de possibilités. Faire cette reprise m'a permis de réaliser à quel point c'était vrai, et ça m'a surpris de me dire que les guitares ne me manquaient pas une fois le morceau terminé ! 

LN! : C'est un morceau que vous avez choisi comme single, sorti avant l'album. Comment vous avez choisi les singles que vous vouliez mettre en avant ? 

Johanna : On a galéré ! Par exemple, on arrivait pas à se décider entre "Dawn Of Avatars" et "Child Of Twilight". C'est finalement sur le premier morceau qu'on s'est mis d'accord, mais je me demande toujours si je n'aurais pas préféré l'inverse ! Évidement, on a un temps limité pour promouvoir l'album avant sa sortie. On doit tourner des vidéos pour chaque single. Donc il faut vraiment faire des choix... Ce qui nous a décidé pour "Dawn Of Avatars", c'est le fait que Patty et Troy jouent dessus. Ça mettait en avant la collaboration. On a également sorti "Tears Of The Dragon" car c'était un choix intéressant d'en faire une reprise, c'était different du reste. Si ça ne tenait qu'à moi, je choisirai toutes les chansons comme singles! 

Martijn : La prochaine fois, j'espère qu'on pourra faire des vidéos pour toutes les chansons ! Je suis même en train de me dire qu'on pourrait aussi en tourner après la sortie de l'album... Ce ne serait pas vraiment nouveau pour les auditeurs, car la chanson est déjà disponible à l'écoute, mais on pourrait choisir d'en mettre d'autres en avant en tournant d'autres vidéos. Bien sûr, ça veut dire une journée de tournage, des costumes à trouver, un certain coût... Peut être qu'en fait, on devrait se focaliser sur l'organisation de davantage de concerts. 

LN! : En parlant de concert, je vous ai vus avec Auri à Paris. Évidemment Johanna tu chantes dans les deux groupes donc c'était un choix facile de partager la scène. Comment vous réfléchissez à la manière de transmettre les atmospheres et les émotions en live sans orchestre pour vous accompagner ? 

Martijn : C'est un point sur lequel on travaille beaucoup en ce moment. On fait des tests. On essaie de créer un environnement visuel autour du groupe qui connecte avec la musique. On a fait nos première concerts l'année dernière avec Auri comme tu disais, ça nous a permis de tester certaines idées, et surtout, ça nous en a donné encore plus pour la suite ! On va réfléchir comment incorporer tour ça pour nos prochains concerts. Mais en effet, c'est encore une expérience nouvelle. On fait notre première tournée en haut de l'affiche en Finlande mi-Mars. Et ensuite, qui sait où on ira ? Il y a des choses qui se préparent. On a hâte de pouvoir jouer partout dans le futur. Petit à petit, on construit le monde d'Eye Of Melian, et il est maintenant temps d'ajouter les briques des prestations live. 

Johanna : Pour certains d'entre nous, la tournée avec Auri a été la première fois que nous pouvions jouer dans autant de pays. C'était incroyable ! 

LN! : Je pense qu'on peut s'arrêter là, avant d'entamer un débat de 2 heures sur l'univers de Tolkien… 

Johanna : Perso, je suis pour, ça a l'air fun ! On invitera Mikko et Robin la prochaine fois pour que ça arrive et on se réserve un après-midi ! Ils connaissent tout. 

Martijn : C'est vrai. Pour moi, ce sont des encyclopédies vivantes quand il s'agit de Tolkien ! 

Interview : Margot Patry

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