Eye Of Melian (Interview Exclusive) : "Composer en s'inspirant de fantasy permet d'en être les héros" !
Martijn : Oui, c'est ça. Johanna et Robin ont une façon très visuelle d'imaginer la musique. Quand elles écoutent mes compositions, on voit que ça les transporte, et que ça résonne d'une manière spécifique pour l'une ou l'autre. C'est à partir de là qu'elles commencent à poser des mots sur les mélodies. C'est vraiment une "dream team", et je suis sincère : c'est un honneur pour moi de travailler avec Johanna. Et nos façons de travailler s'imbriquent parfaitement. Je n'avais jamais rencontré des gens avec qui ça matchait aussi bien avant, c'est incroyable. On a toujours l'impression que c'est Noël quand quelqu'un envoie au reste du groupe les idées sur lesquelles il ou elle a travaillé.
Johanna : Je ressens exactement la même chose. C'est l'équipe de rêve, il n'y a pas d'autre façon de le décrire ! Tout a l'air si simple entre nous, c'est naturel, et c'est aussi car on s'apprécie tous énormément, humainement et artistiquement. Comme Martijn le dit, quand une compo arrive, j'ai l'impression que c'est Noël ! Mes doigts me démangent, car c'est tellement inspirant que j'ai envie de partir écrire et chanter directement, je dois poser les pensées que ça m'évoquent immédiatement. Je pense que c'est pareil pour Robin. Cette déferlante de créativité ne s'arrête jamais, et on surf dessus tous ensemble !
LN! : Une telle alchimie, c'est incroyable ! Johanna, tu envisionnes des scènes quand tu écoutes la musique, des histoires que tu as lues, des expériences, que tu traduis ?
Johanna : Oui, c'est ça pour la majorité des cas. J'ai une vision en écoutant la musique et les paroles en découlent. Ça peut être un paysage, une image très précise. Ce fut le cas pour "Dawn Of Avatars" par exemple. Ou alors, ça peut être des mots. Parfois, c'est un mot, comme pour "Blackthorn Winter". Quand J'ai écouté la mélodie, un mot m'est tout de suite venu : "Takatalvi", soit "Blackthorn Winter" en finnois. Ainsi, j'ai tout développé autour de ce thème, et c'est aussi pour ça que le refrain est en finnois ! Donc voilà, l'inspiration peut prendre toutes sortes de formes. Et je n'ai jamais manqué d'inspiration. En tout cas, pour l'instant !
LN! : Tu as évoqué "Dawn Of Avatars", qui est probablement la musique la plus joyeuse et dansante de l'album. Quelles ont été vos inspirations pour celle-ci, autant pour la musique que pour les paroles ?
Martijn : Pour la musique, j'ai eu envie d'utiliser des instruments qui diffèrent de mes habitudes. Sur ce morceau, j'ai commencé avec un dulcimer. Ça avait une ambiance plus tribale, plus ancienne, presque quelque chose de mystique. J'ai élaboré a partir de ça ; j'ai infusé de plus en plus de folk. On a Patty Gurdy qui joue avec nous dessus de la vièle a roue. C'est un instrument magnifique, avec un son unique. Ça se mariait très bien avec les violons et le tempo plus rapide, ça lui a donné beaucoup d'énergie ! Pour moi, la version finale a été une surprise. Ça a tellement évolué entre le début de la composition et le morceau terminé. Quand on commence à écrire, on n'a jamais la chanson entière en tête. Elle grandit petit à petit avec tout le monde. En fait, c'est toujours un voyage où nous découvrons l'arrivée quand nous finissons de composer.
Johanna : La première fois que j'ai entendu le morceau, j'ai eu la vision de quelque chose d'ancien. Tellement ancient, comme si je voyais l'apparition de la vie même. La question classique : pourquoi est-on en vie sur Terre ? J'ai voulu explorer cette question, car c'est toujours un mystère même si on a des éléments de réponse. Et ce mystère, il nous unit tous, tous les êtres vivants. La chanson en fait une interprétation, d'une manière un peu mystique.
LN! : Vous avez également Troy Donockley sur ce morceau. Qu'est ce qu'il vous a apporté ? Comment avez vous contacté vos invités ?
Martijn : En composant, je me vois un peu comme dans un magasin. Ta musique est là, et tu te dis "peut être que cette personne précise pourrait apporter ce qu'il nous manque pour que ce soit parfait ?". C'est comme un ingredient magique qui rend ton plat délicieux. On a la chance d'avoir beaucoup de contacts. Johanna joue avec Troy dans Auri. Il est venu me voir en disant qu'il aimerait jouer sur ce morceau. C'était un vrai honneur, je le trouve incroyable. Je me sens très humble face à lui, car je ne peux jouer que du piano alors que je lui, j'ai l'impression qu'il sait tout faire ! On a de la chance de l'avoir. Quant à Patty, je l'avais vue jouer et je la suivais depuis longtemps déjà. Donc je me suis dit que j'allais tenter de l'inviter. Comme on dit, qui ne tente rien n'a rien ! Un message ne coûte rien et ça peut provoquer une belle collaboration. Elle a accepté et on a très bien connecté. Elle est adorable et m'inspire à bien des égards.
LN! : Ils vous accompagnent également sur le morceau "Elixir Of Night".
Martijn : C'est vrai. J'avais oublié comment il s'appelait ! Quand je compose les mélodies, les titres sont différents. Pendant deux ans, on travaille avec des chansons qui s'appelle d'une façon, puis on les renomme à la fin. Alors je mélange tout le temps les titres. Avec la sortie de l'album, il faudrait enfin que j'apprenne tous les vrais titres !
LN! : vous changez les titres en fonction des paroles à la fin ?
Martijn : C'est ça. On change le titre à la toute fin, quand le morceau est fini, pour refléter le thème de la chanson qui a pu évoluer avec la composition, les paroles... On se retrouve habitué à travailler avec un titre, et maintenant, ils ont tous changé. J'avoue, je suis perdu des fois !
LN! : Le morceau Nepenthe n'a pas de paroles. Pourquoi ce choix ?
Johanna : Il y a de la voix, mais pas de paroles. On a décidé d'utiliser la voix seulement comme un instrument qui fait des notes sans prononciation.
Martijn : Quand la mélodie fut créée, on a trouvait qu'elle n'avait pas besoin de paroles pour transmettre un message. Il manquait juste des envolées de voix qui rendent le morceau très beau, sans prononcer directement le message. C'est aussi intéressant de changer son approche à la chanson comme ça, d'essayer de créer quelque chose de différent. Ce morceau est très mélancolique. Il avait surtout besoin de ces notes lancinantes, qui flottent par-dessus la mélodie.
LN! : Vous avez aussi une reprise de Brice Dickinson... Pourquoi cette décision ? C'est très surprenant venant de Eye Of Melian !
Johanna : C'est vrai ! Le groupe est signé chez un label de métal (Napalm Records). Alors on s'est dit que ce serait marrant de rendre hommage au metal en faisant une reprise d'un morceau célèbre du genre. "Tears of the Dragon" est un morceau légendaire du heavy metal. C'est Mikko (Mustonen) qui nous a donné l'idée, ça nous a plu. On ne connaissait pas très bien la chanson avant, j'avoue. Mais la version originale est incroyable. Instantanément, on a eu des idées pour la transformer pour intégrer l'univers d'Eye Of Melian. Je pense que la version finale est si réussie qu'on pourrait la prendre pour un morceau original si on ne connaît pas Bruce Dickinson.
Martijn : Et puis, on est tous des metalheads a la base. Ce sont nos racines. Donc c'était logique. Et puis, c'est un vrai challenge de transformer à ce point un morceau, version Eye Of Melian, sans en perdre l'essence ! J'aime tenter des choses différentes. Je suis très content du résultat.
LN! : Est-ce que c'est dur de passer d'un morceau avec de grosses guitare à une pièce orchestrale?
Martijn : On doit tous remercier Mikko pour ça, il a fait la majorité du travail. J'ai remarqué en commençant le projet Eye Of Melian qu'on peut transmettre des mélodies très puissantes même sans guitares et batterie. Un orchestre offre beaucoup de contrastes. Il existe tellement d'instruments différents, ça offre une multitude de possibilités. Faire cette reprise m'a permis de réaliser à quel point c'était vrai, et ça m'a surpris de me dire que les guitares ne me manquaient pas une fois le morceau terminé !
LN! : C'est un morceau que vous avez choisi comme single, sorti avant l'album. Comment vous avez choisi les singles que vous vouliez mettre en avant ?
Johanna : On a galéré ! Par exemple, on arrivait pas à se décider entre "Dawn Of Avatars" et "Child Of Twilight". C'est finalement sur le premier morceau qu'on s'est mis d'accord, mais je me demande toujours si je n'aurais pas préféré l'inverse ! Évidement, on a un temps limité pour promouvoir l'album avant sa sortie. On doit tourner des vidéos pour chaque single. Donc il faut vraiment faire des choix... Ce qui nous a décidé pour "Dawn Of Avatars", c'est le fait que Patty et Troy jouent dessus. Ça mettait en avant la collaboration. On a également sorti "Tears Of The Dragon" car c'était un choix intéressant d'en faire une reprise, c'était different du reste. Si ça ne tenait qu'à moi, je choisirai toutes les chansons comme singles!
Martijn : La prochaine fois, j'espère qu'on pourra faire des vidéos pour toutes les chansons ! Je suis même en train de me dire qu'on pourrait aussi en tourner après la sortie de l'album... Ce ne serait pas vraiment nouveau pour les auditeurs, car la chanson est déjà disponible à l'écoute, mais on pourrait choisir d'en mettre d'autres en avant en tournant d'autres vidéos. Bien sûr, ça veut dire une journée de tournage, des costumes à trouver, un certain coût... Peut être qu'en fait, on devrait se focaliser sur l'organisation de davantage de concerts.
LN! : En parlant de concert, je vous ai vus avec Auri à Paris. Évidemment Johanna tu chantes dans les deux groupes donc c'était un choix facile de partager la scène. Comment vous réfléchissez à la manière de transmettre les atmospheres et les émotions en live sans orchestre pour vous accompagner ?
Martijn : C'est un point sur lequel on travaille beaucoup en ce moment. On fait des tests. On essaie de créer un environnement visuel autour du groupe qui connecte avec la musique. On a fait nos première concerts l'année dernière avec Auri comme tu disais, ça nous a permis de tester certaines idées, et surtout, ça nous en a donné encore plus pour la suite ! On va réfléchir comment incorporer tour ça pour nos prochains concerts. Mais en effet, c'est encore une expérience nouvelle. On fait notre première tournée en haut de l'affiche en Finlande mi-Mars. Et ensuite, qui sait où on ira ? Il y a des choses qui se préparent. On a hâte de pouvoir jouer partout dans le futur. Petit à petit, on construit le monde d'Eye Of Melian, et il est maintenant temps d'ajouter les briques des prestations live.
Johanna : Pour certains d'entre nous, la tournée avec Auri a été la première fois que nous pouvions jouer dans autant de pays. C'était incroyable !
LN! : Je pense qu'on peut s'arrêter là, avant d'entamer un débat de 2 heures sur l'univers de Tolkien…
Johanna : Perso, je suis pour, ça a l'air fun ! On invitera Mikko et Robin la prochaine fois pour que ça arrive et on se réserve un après-midi ! Ils connaissent tout.
Martijn : C'est vrai. Pour moi, ce sont des encyclopédies vivantes quand il s'agit de Tolkien !
Interview : Margot Patry

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