Breaking News

Chronique : Underoath - Voyeurist


Après le disque du retour en 2018 avec Erase Me, sur lequel la bande se laissait aller à toutes ses influences, marquée par le travail dans ses side-projects respectifs, Underoath (metalcore/post-hardcore/emo) nous revient maintenant avec Voyeurist, un 9ème album studio pour la première fois autoproduit. 


Dès le premier titre dévoilé, l'excellent "Damn Excuses", on note la volonté de retour aux racines metalcore, mais sans pour autant renier l'apport du disque précédent, et tout en faisant des clins d’œil à la période la plus "emo" (2004 - They're Only Chasing Safety, l'intonation évidente sur  la phrase "You're getting ahead of yourself, man"). Une rythmique de folie basée sur le martèlement pour un morceau de metalcore ultra-bourrin (le frontman Spencer Chamberlain n'a clairement rien perdu de ses capacités vocales, au contraire), tout en étant très direct et accrocheur (une formule débutée sur le dernier album - bien que les premiers albums fonctionnaient également sur le même modèle), et dans lequel le groupe continue de régler ses comptes avec ses racines chrétiennes ("Fuck your revelation and fuck your weak conviction, I am finally exposing the truth"), un virage et un message là encore déjà amorcés dans l'album précédent. 

"Hallelujah" vient clairement enfoncer le clou, véritable chef-d’œuvre au refrain envoûtant chanté par une chorale ("Cut the lights, face yourself, We’re not dreaming, this is hell"), presque un clin d'œil au titre "It's Dangerous Business Walking Out Your Front Door", tandis que Spencer utilise son plus beau chant clair dans les couplets, qui rappelle les derniers moments du groupe en 2010, avant sa séparation, avec un morceau comme "Paper Lung". Déjà à ce stade on se dit qu'il vient de sortir 2 des meilleurs singles de toute sa carrière. 


Il semble à l'aise avec l'idée de puiser dans son passé pour ramener de bons vieux passages emo sur des titres comme "Take A Breath" (avec une rythmique intense et groovy quand même tout à fait inédite, entre indus à la NIN et nu metal à la Deftones) et "Numb", qui, tout en restant très -core, proposent leur moment de chant clair emo dans les refrains, rappelant l'ère They're Only Chasing Safety. "Numb" est d'ailleurs la seule sur laquelle le batteur Aaron Gillespie (voix claire) a l'entièreté du chant sur le refrain. On remarque également que le synthé se fait discret, servant à créer des ambiances plutôt que faire la mélodie, comme ça pouvait être le cas sur Erase Me, dans lequel il avait une place prépondérante. 

Le groupe s'essaye quand même à l'interlude façon Trent Reznor avec "No Oasis", un titre posé avec une très belle mélodie de chant clair par Aaron, nous rappelant qu'avant que Spencer, le screamer, s'assume de plus en plus en chant clair (et il gère mon Dieu), on aimait aussi beaucoup la voix fragile d'Aaron : "Hey, I was talking down to you, You objectify the truth, Every thing you thought you were is all wrapped up inside a lie". Au final un vrai morceau et pas un simple entracte. Car si le disque se veut très direct et accrocheur, sans ballade ou morceau extrêmement mélodique, il n'hésite pourtant à complètement ralentir le tempo sur certains titres en laissant énormément respirer l'auditeur et en créant des ambiances qu'on peut qualifier d'inquiétantes. 

Ce qui marque à la lecture des textes, c'est à quel point Voyeurist est sombre et laisse peu de place à l'espoir. "I'm Pretty Sure I'm Out Of Luck And Have No Friend" débute sur un appel inquiétant aux Urgences "9-1-1, what's your emergency?", qu'on imagine survenir au cours ou après un sombre drame. La transition finale chant clair/cris est littéralement explosive avec sa succession de breakdowns. Le texte suggère une perte de conscience au cours d'une dépression ("Breathe in, breathe out, breathe in, you're fine, All of this is in your mind, Focus on the rising sun, slow down") ou encore une overdose ("Fucking breathe and check the pulse, No one knows you're here alone"). Le disque s'enfonce encore plus dans la dépression avec "Cycle" ft. l'artiste de trap metal Ghostemane, ce dernier venant apporter un ajout screamo d'excellente facture sur la deuxième partie du morceau. Le refrain quant à lui, toujours hurlé comme l'immense majorité du titre, est paradoxalement terriblement efficace, "Stuck in my head, it’s a god damn maze, Carve out my eyes, I can’t see anyway, Darker than heaven, empty as god, There is nothing to live for". "Thorn" est quand à lui presque un appel au suicide : "It's been about a year since I’ve felt any kind of normal, No, But yet another day goes by, I'm stuck inside my busy mind, It's awful, I know... Help me, I'm way too scared to exist, So write this down". Le refrain en clair, avec les 2 voix qui se mélangent de façon vraiment intense, est magnifique : "Please don't resuscitate, Lead me to where the light ends". Toute la structure du morceau, oscillant entre calme et tempête, est également très intéressante. 


On apprécie également l'efficacité du refrain de "We're All Gonna Die", qui parle de l'hypocrisie de ceux qui prétendent "prier" pour nous : "Hey, we're all gonna die, what difference does it make?, Don't pray for me and my friends, I think you're fucking fake".

L'album se clôturera sur long morceau ambient/post-metal de 7 minutes, "Pneumonia", qui ravira les fans de l'époque Disambigation (2010), et se veut en partie inspiré par le décès du père du guitariste Tim McTague. Le texte ne se limite pas à ça mais l'ombre de la mort y plane évidemment : "I feel like I'm drowning, Like I'll never get out alive, I feel you're a mountain, I kill myself to climb.

Violent, envoûtant et sombre jusqu'au nihilisme, mais pourtant ultra percutant et accrocheur, Voyeurist semble être le digne successeur de Disambigation - en encore meilleur - et surtout le mélange parfait de tout ce que le groupe a proposé au cours de sa carrière ; ne calmant le jeu que pour mieux nous emporter derrière. Mais quelle claque. Quelle surprise à ce stade de leur carrière. Il entre direct dans le haut du panier de la discographie du groupe (avec Define The Great Line et Lost In The Sound Of Separation, mais on pourrait tout inclure de 2004 à 2010) et il n'y aurait absolument rien d'étonnant à ce que ça devienne votre album préféré.

Alucard.

Note du rédacteur : 4,5/5

1. Damn Excuses
2. Hallelujah
3. I’m Pretty Sure I’m Out of Luck and Have No Friends
4. Cycle ft. Ghostemane
5. Thorn
6. (No Oasis)
7. Take A Breath
8. We’re All Gonna Die
9. Numb
10. Pneumonia

Aucun commentaire