Chronique : Drop Dead, Gorgeous - Daggers (EP)
S'il y a bien un groupe dont personne n'attendait le retour, ni n'osait l'espérer, c'est Drop Dead, Gorgeous. Malgré un succès immédiat à l'époque et trois albums plus que respectés dans la scène emo/metalcore, les membres semblaient tout faire pour éviter d'y revenir après leur séparation en 2011. Entre le projet emo alternative Bleach Blonde et des formations électro-pop comme 888 (qui comptaient toutes deux plusieurs anciens membres de DDG dans leurs rangs), rien ne laissait présager un retour aux sources, et encore moins sous le nom qui a fait leur renommée. Pourtant, plus d'une décennie plus tard, de nouveaux singles ont commencé à s'enchaîner et les concerts ont repris. Ce comeback sorti de nulle part, annoncé en 2024, est presque au complet : on notera l'absence d'Aaron Rothe (claviers/chant) et la disparition du guitariste Kyle Browning, tragiquement décédé en 2021. Ces singles sont désormais réunis sur un EP : Daggers.
L'histoire de Drop Dead, Gorgeous était déjà singulière en elle-même. La
bande du Colorado avait pris la scène d'assaut en 2006 avec son premier album
In Vogue chez Rise Records, proposant un mélange explosif de metalcore et de
screamo dans une ambiance particulièrement glauque, tout en conservant une
bonne dose d'emo plus traditionnel pour cadrer le tout. Le single "Dressed for
Friends Requests" s'affichait sur tous les profils MySpace des emo kids de
l'époque, si vous êtes assez vieux pour vous en souvenir, et ce n'était que le
début. En 2007, le groupe rejoint Suretones Records et collabore avec le
producteur légendaire Ross Robinson (Slipknot, Korn, Limp Bizkit) pour sortir
un deuxième opus, Worse Than a Fairy Tale. L'ambiance macabre qui fait
leur signature y atteint des sommets à travers l'histoire conceptuelle d'un
tueur en série dans une ville fictive : 12 morceaux pour 12 meurtres,
plongeant dans l'esprit du tueur comme dans celui de ses victimes. Une
véritable décente dans la folie, porté par une production massive pour une
expérience culte et intense mais difficilement accessible pour le grand public
d'un label majeur. C'est pourquoi leur dernier album en date,
The Hot N' Heavy (2009), s'avérait plus calibré. Toujours lourd,
toujours bizarre, mais plus accessible, porté par leur tube "Two Birds One
Stone", leur plus grand succès commercial. Après tant d'années loin du
metalcore, que vaut donc cet EP ?
Le constat est loin d'être mauvais, bien qu'il laisse une légère amertume chez
les fans de la première heure aux premières écoutes : on a parfois
l'impression que la bande s'est dit qu'en reprenant la recette de ses projets
electro-pop, agrémentée de quelques screams et d'un breakdown conventionnel,
tout ça sous le nom "Drop Dead, Gorgeous", le succès serait plus simple Ã
aller chercher. L'ambiance horrifique qui définissait l'identité du groupe
s'est presque complètement estompée, et la touche metalcore ressemble parfois
à une concession proche du fan service. Cependant, une fois le coup de gueule
passé et la nostalgie mise de côté, Daggers reste objectivement un
excellent EP.
"Cyanide", avec son empreinte punk rock/electro bien léchée et son
refrain accrocheur culminant sur un breakdown simple mais efficace, confirme
que le groupe ne cherche pas à vivre dans le passé mais à proposer des tubes
modernes. "Burn" enfonce le clou et rappelle les arrangements electro
aperçus sur le POST HUMAN: NeX GEn de Bring Me the Horizon : les
sonorités hardcore s'y mêlent parfaitement et les hurlements du frontman
Danny Stillman font toujours leur effet lorsqu'il décide de donner de
la voix. Dans un registre plus emo et power pop, "Six Feet" fait un
travail admirable et s'impose comme le titre le plus entêtant de l'EP. "Sink Your Teeth", quant à lui, pose une atmosphère plus froide qui n'est pas désagréable et
une tension plus affirmée qui n'est pas sans rappeler les morceaux déjà plus
accessible à l'époque de The Hot N' Heavy. C'est classique, mais
réussi.
Avant de rendre hommage à leur camarade Kyle Browning sur le très efficace
"Feels Like Forever" (où l'influence de formations modernes comme BMTH
ou Bad Omens se fait encore ressentir), on retiendra "Ghosts". De loin
le morceau le plus lourd et nerveux de ce retour, c'est probablement le seul
vrai clin d'œil au passé que s'autorise le groupe. Son refrain chargé en
émotion, à la voix lourde et imparfaite, et ses paroles plus sombres font un
bien fou même si là aussi une certaine maturité se fait grandement ressentir.
"Conventionnel" est le mot qui résume le mieux Daggers. Mais Drop Dead,
Gorgeous nous gâte tout de même avec six titres matures et accrocheurs,
parfaitement emballé et près à consommer. À défaut de manquer cruellement
de la folie et de la bizarrerie d'antan et de trop miser sur la formule
single à répétition, le résultat n'en demeure pas moins diablement
efficace. Un peu plus de nervosité et de hargne serait la bienvenue pour
la suite, mais en l'état, Daggers reste une petite collection de bangers
dont il serait vraiment dommage de se priver.
Note du rédacteur : 3/5
Eddy F
1. Cyanide
2. Sink Your Teeth
3. Six Feet
4. GHOSTS
5. Burn
6. Feels Like Forever

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