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Chronique : The Offspring - Let The Bad Times Roll


Avec 9 années séparant Let The Bad Times Roll de Days Go By, on peut dire que le retour de The Offspring était attendu au tournant ! On est toujours partagés avec le groupe, une partie de nous souhaitant qu'il se renouvelle et l'autre espérant qu'il refasse du punk rock comme à l'époque de Smash ; mais à ce stade de leur carrière et de leurs vies (le chanteur Dexter Holland a 55 ans et le guitariste Noodles 58), on ne peut plus leur demander d'inventer ou de réinventer quoi que ce soit. 

Après deux albums où la bande essayait (assez timidement) d'innover, proposant par exemple quelques ballades ou des titres plus pop punk, Dexter a pensé qu'il était temps de revenir aux racines, et au final ce n'était pas une si mauvaise idée quand on voit la réaction (pessimiste) des fans aux deux premiers singles, parmi les deux morceaux les plus atypiques de l'album, mais aussi les plus originaux.

Le morceau-titre propose en effet un titre up-tempo aux ambiances roots et au refrain accrocheur, avec en toile de fond un vrai message sur la situation anxiogène aux Etats-Unis. De son côté "We Never Have Sex Anymore" se veut LE morceau atypique du disque, le titre totalement décalé comme Offspring a l'habitude d'en faire, avec un orchestre et une ambiance cabaret/mexicaine. Loin de leurs morceaux habituels mais pas moins appréciable. Le groupe en a même enregistré une version chantée en français et présente en bonus sur la version japonaise de l'album : "Guerre sous couverture", à écouter ici !

Pour autant, qu'on ne s'y trompe pas, comme dit plus haut, Let The Bad Times Roll est un vrai disque de punk rock ! Et la couleur est annoncée dès le 1er titre, "This Is Not Utopia", qui démarre très fort le disque, sans intro, tout comme sur les deux albums précédents, avec un début qui semble d'ailleurs être un clin d'œil à l'intro de "Have You Ever" sur Americana. Le morceau est punk et efficace, et il semblerait que la formation (agrémentée du nouveau bassiste Todd Morse, guitariste du groupe de hardcore H2O - qui ne joue pas sur l'album) ai retrouvé cette alchimie qui semblait peut-être manquer depuis Conspiracy Of One ou Splinter. Un titre qui semble parler des émeutes aux Etats-Unis l'été dernier, mais qui a pourtant été terminé avant : "Brutality I can't unsee, These pictures are just burned into my mind, It's commotion in slow motion, It's humanity denied, A violent race, punch in the face, With all this hate how can we all survive?"

Le disque ne sera pas en reste de morceaux punk avec notamment "Army Of One" et son vieux son de guitare crade (un vrai fantasme de fan… manque plus que la vieille voix grésillante de Dexter) ou encore "The Opioid Diaries" (jouée autrefois en live sous le titre de "It Wont Get Any Better"), qui pointe du doigt la dépendance des opiacés aux Etats-Unis, orchestrée par l'industrie pharmaceutique. Les titres punk rock se veulent plus épurés et directs, bref, plus punks (de quoi combler ceux qui ont adoré l'EP de reprises Summer Nationals). 

Mais la cerise sur le gâteau reste bien évidemment "Hassan Chop", le titre le plus speed et énervé de la galette, sur lequel Offspring réutilise un lead de guitare de l'époque où le groupe s'appelait encore Manic Subsidal, et qui peut faire penser à "Da Hui" dans la forme, mais peut-être en moins cheap et plus élaboré. On note que le solo de guitare, plus ou moins oriental, est également le même que sur leur vieux titre "Call It Religion". Le texte parle du conflit au Moyen-Orient.

Dexter aborde également la dépression sur le titre punk (malheureusement pas le plus marquant) "Breaking These Bones" : "Lorsque tu es vraiment déprimé, tu veux juste être dans ta chambre. Tu veux fermer les stores. Tu veux que ce soit noir. Tu veux t'allonger sur ton lit. Et tu as le sentiment que la douleur peut être si physique. On a littéralement l'impression de t'écraser, de t'écraser les os." Le très bon "Behind You Walls" traite également du même sujet, et démarre lentement avant d'exploser avec un chant intense et plein de mélancolie. Le morceau a été écrit en pensant à tous les membres de groupes qui se sont suicidés ces dernières années, ainsi qu'au fils d'un ami à lui qui a pris sa vie : "J’ai regardé la chanson en me disant 'Oh mon Dieu, j’ai l’impression de l’écrire pour mon ami', même s’il était déjà mort. Quand je grandissais, ces sujets sombres faisaient partie de ce qui m'attirait dans beaucoup de groupes que j'aimais : les punks n'avaient pas peur de parler de dépression. Ça m'a aidé."

Le titre "Coming For You" est quant à lui connu depuis 2015, et reste un titre un peu plus rock super efficace, avec un refrain au potentiel arena, qu'on retrouve ici avec plaisir. 

Tout comme avec "Dirty Magic" en 2012, le groupe a décidé de réenregistrer l'un de ses anciens titres, à savoir le très beau "Gone Away", écrit suite au décès de la petite amie de Dexter dans un accident de voiture à l'époque, dans une version acoustique au piano, tel qu'il fut joué durant la tournée de 2012. La performance reste magnifique, même si elle accentue la ressemblance avec le titre "Mad World" de Tears For Fears, et que l'on regrette l'absence de la chanteuse Emily Armstrong de Dead Sara, qui aurait pu apporter une présence féminine bienvenue (et inédite), comme sur le clip live de la tournée. 

Let The Bad Times Roll, en bon disque punk, reste malgré tout assez court, avec seulement 11 pistes, dont une reprise d'un ancien titre et deux morceaux en guise d'interludes : la reprise instrumentale heavy de "In The Hall Of The Mountain King" du compositeur norvégien Edvard Grieg, et une ballade finale nommée "Lullaby", véritable berceuse reprenant les paroles du morceau-titre : "'Lullaby' ferme le disque et vous rappelle le message du disque : laissez les mauvais temps rouler. Les sujets sont tous subsidiaires du thème principal de ces temps difficiles. J'imagine 'Lullaby' comme… écouter un disque de phonographe. C’est cette dernière spirale au milieu qui se répète encore et encore. C’est un peu théâtral." Au final, un morceau extrêmement court d'à peine plus d'une minute, pas désagréable du tout, l'ironie voulant même qu'il sonne mieux que toutes les tentatives de ballades du groupe sur les derniers albums. Mais trop court. 

C'est quand même un reproche qui restera, surtout sachant que le groupe avait enregistré d'avantages de morceaux expérimentaux, et songeait un temps à faire un double album. Après, Dexter a expliqué faire encore partie de la génération attachée aux albums, contrairement à la mode actuelle des singles, et on peut comprendre qu'ils aient préféré faire une playlist ultime pour former un vrai disque plutôt qu'un assemblage de plein de titres disparates. 

Pour ce 10ème album, le 3ème produit par Bob Rock, The Offspring décide de délivrer un disque de punk rock/skate punk à l'ancienne, agrémenté de quelques morceaux plus originaux, qu'on "attendrait pas d'eux", en somme exactement la formule qui était annoncée. 33 minutes 27 qui passent comme une lettre à la poste, sans lassitude, et en constatant que le groupe n'a absolument rien perdu de son énergie ni de son efficacité au fil des années. Mieux, il semble revigoré et plus à l'aise que jamais dans son style d'origine. En mélangeant contexte politique, humour et morceaux plus sombres, le fond est également assuré. Son principal (ou seul ?) défaut reste d'avoir privilégié des interludes ou des morceaux déjà connus à la place de vraies nouvelles chansons, pouvant quand même laisser un petit goût de frustration après quasiment une décennie d'attente. Ce qui n'enlèvera absolument rien au charme du disque. 

Alucard.

Note du rédacteur : 4/5

1. This Is Not Utopia
2. Let The Bad Times Roll
3. Behind Your Walls
4. Army Of One
5. Breaking These Bones
6. Coming For You
7. We Never Have Sex Anymore
8. In The Hall Of The Mountain King
9. The Opioid Diaries
10. Hassan Chop
11. Gone Away
12. Lullaby

Japanese bonus tracks :

13. Guerre Sous Couvertures (French version of We Never Have Sex Anymore)
14. The Opioid Diaries (live)

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